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 La poudre de Chield - Dernière partie

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Aklatan
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Date d'inscription : 04/07/2008
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Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: La poudre de Chield - Dernière partie   Mer 31 Oct - 10:01

Marrow se blottit dans la chair filandreuse de la citrouille et se figea, les sens en alerte. La lanterne menée au pas indolent de la sorcière voguait dans une inertie quasi-totale ; il se garda donc du moindre mouvement pour empêcher ne la main de la sorcière de s’agiter d’un frémissement.

Celle-ci pénétra dans les bois, et s’aventura dans le cimetière envahi par les ronces et les plantes grimpantes qui en fissuraient les marbres.
A travers la bouche de la lanterne, Marrow put apercevoir le terrier qu’ouvrait un tombeau que Chield avait prescrit à sa commission. La sorcière s’en approchait et s’apprêtait à en longer l’entrée. Il attendit donc d’y parvenir, puis profita de son mouvement pour bondir hors du cadre de la lanterne, et se jeter en avant, frontal et fugace, dans l’ombre gelée de la fosse.

La sorcière s’arrêta en chemin. S’il avait pu s’arracher à son emprise, il n’avait pas échappé à sa vigilance, car elle avait senti le mouvement de sa proie délester la lanterne de son poids. La traque était finie avant d’avoir commencé.
La sorcière se tourna vers le tombeau, et se pencha sur l’embouchure du tunnel qui s’enfonçait dans la terre. Elle parut en humer l’atmosphère en silence, de ses narines mortes où l’air en venait à stagner. Elle sentit la poudre.
Alors, sans frémir aucunement, ni se départir d’un soupçon de son apathie glaciale, elle s’éloigna du tombeau. Seulement de quelques pas. Puis elle éleva la lanterne au bout de son bras grêle, et la jeta au fond de la fosse.

Chield entendit une lourde détonation ébranler toute la forêt.
S’étant précipité en boitant sur le seuil de sa porte, il contempla l’horizon : une colonne de fumée perçait le drapé feuillu des bois, et voilait la lune en volutes opaques. Des essaims d’oisillons et de corbeaux affolés s’envolaient en tous sens vers la voûte étoilée, tandis que lièvres, daims, renards, sangliers, et d’autres biches, écureuils et loups surgissaient de la forêt et piétinaient le champ en direction de la lande, suivis de fleurs, d’arbrisseaux, de châtaignes, de pommes et de baies en fuite qui roulaient ou bondissaient les uns sur les autres, tous exaltant dans leur panique l’alarme de sa cloche en sirène exutoire.
Et dans ce spectacle que déchaînait le chaos, Chield sentit son cœur apaisé. Il lui semblait que les cauchemars de son enfance venaient de partir en fumée.
Il demeura ainsi debout pour apprécier l’étendue de son œuvre, jusqu’à ce que revînt le calme, et que le ciel se fût éclairci du dernier nuage de soufre. Puis il revint à l’intérieur et referma la porte.


Il s’apprêtait à plonger dans le plus paisible et le plus long sommeil de sa vie. Il se dirigeait vers son lit lorsqu’il tressaillit. La clochette d’alarme venait de sonner au plafond alors qu’il se trouvait en dessous. Jamais sa musique n’avait paru si grave.
Chield tenta de résorber le tremblement qui l’agitait, et se ressaisit. Il se rendit à la plus favorable évidence qui se présentait alors à son esprit : un lièvre ou un renard tardif pouvait avoir effleuré le fil de l’enclos ; peut-être quelques animaux sortaient-ils encore de la forêt suite à l’explosion.
Mais son raisonnement ne ménagea rien de sa terreur et, dans un mouvement réflexe, il saisit son fusil, et ouvrit la porte en toute hâte.
Il espérait que ce fût un animal qui surgît des voies de la forêt. Mais au bas de la colline, ce qui s’approchait n’était autre qu’un fantôme aveugle recroquevillé sur un corps frêle. Le monstre était revenu.

A ce spectacle si familier, Chield leva vers le ciel un œil terne et cerné. Il regardait la lune, et il lui semblait alors que son plein croissant s’émiettait, comme si cet astre brisé se fissurait sporadique en égarant des morceaux, et se décomposait sur son sillage.
Chield contemplait son reflet dans la clarté lunaire, et vit quelle forme avait son cœur en sa poitrine.
Il tassa la poudre au fond du canon, et chargea son fusil, comme il l’avait fait pour la première fois au milieu d’une rue déserte sous la même lune. Lors du même cauchemar.

Le torse gonflé d’une inspiration profonde, il cala la crosse contre son épaule, et vida son canon. Le monstre oscilla à peine. Rechargeant son arme, il redoubla l’opération, sans plus bouger, sans respirer. Le monstre encaissa l’impact en s’approchant inlassablement.
Il chargea de nouveau son fusil, et tira pour la troisième fois. Alors que le monstre n’était plus qu’à trois pas, tandis qu’il étendait déjà ses longs bras vers son visage, Chield abaissa son arme.

Il n’avait plus de poudre.

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