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 Fragment du rêve 16 - Purulentia

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Aklatan
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Date d'inscription : 04/07/2008
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Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: Fragment du rêve 16 - Purulentia   Jeu 22 Sep - 10:29

Il est temps. Tout coule, tout avance, et tout s’éteint… Vient le temps de souffler sur les dernières chandelles, et d’abandonner les ruisseaux de cire déjà séchés, où se sont écoulés ses premières années.

Il fit les souffla toutes, sauf la dernière. L’admirant luire de sa lumière encore pure, pour lui elle resterait allumée, ce serait la flamme de ses souvenirs. Dans cette maison qui l’avait vu grandir, et qu’il devait quitter, il se promena une dernière fois ; mais il s’y promena exactement comme la première fois qu’il l’avait visitée, avec une insouciante légèreté, au hasard de la découverte, sans rien soupçonner des détails qu’ils connaissait déjà, sans rien préméditer.
Accueillant en douceur et en silence le ravissement nostalgique des souvenirs joyeux qui se rejouaient devant lui à son passage, et se laissa porter par un timide émerveillement qu’il avait connu jadis en arpentant les pièces et les couloirs déserts de cette maison tranquille.
Il monta jusqu’au grenier, retrouver quelques traces de ses jeux d’enfants dans cette caverne mystérieuse, et fût surpris d’y déceler une dernière trouvaille, qui semblait avoir attendu jusqu’à ses plaisirs de la dernière heure dans ce havre de souvenirs. Dans l’ombre des combles, hors des cadres de lumière que projetaient sur le plancher le soleil matinal, un vieux coffre demeurait là, poussiéreux, noble et silencieux.

Curieux de jeter un œil à ce qui, de tous les autres vestiges, n’avait pas été emporté ; mais davantage encore de s’enquérir de percer un ultime secret en ce lieu, il extirpa le coffre de sa cache obscure, et défît à la lumière le cadenas qui le scellait. Cet ultime secret égalait toutes ses espérances d’aventurier qui habitait encore son âme d’enfant, puisque le meuble était chargé d’un étonnant trésor : toutes sortes de livres anciens, de carnets de notes et de dessins, appartenant à sa famille, y étaient entassées, des gravures et des images de ses parents et de ses ancêtres, avec des objets fétiches, tels qu’un monocle, une plume dorée, une vielle rose séchée, ainsi qu’une boussole, et une petite clé.
Parmi ces émouvants souvenirs, une photographie vétuste attira son attention : il crût distinguer, sur le gris quelque peu bruni de l’image, ses quatre grands-parents, prenant la pose avec leurs frères et quelques cousins, et même son arrière- grand-mère. Il contempla longtemps leurs sourires bienveillants. Puis il se munit de la petite clé, légèrement rouillée, et avec l’entreprise de se livrer à une dernière exploration, une emporta la boussole.

En tâchant d’élucider quelque porte cette clé pouvait ouvrir, il perdit son regard autour de lui, réincarnant la rêverie de l’aventurier qu’il avait été dès que ses pieds pouvaient marcher. Mais cette fois les dimensions de ce lieu lui apparaissaient moins spacieuses, plus rapprochées ; il n’en était plus à sa petite taille qui lui permettait de donner à l’endroit des airs de château, ou de cathédrale.
Dès lors son attention se porta sur ses recoins qu’il n’avait sans doute jamais observé, ni même remarqué, puisque sa petitesse l’attirait à regarder davantage devant et autour de lui, plutôt qu’au-dessus de sa tête, ou dans des angles imperceptibles à sa vision, notamment envahis par l’ombre.
C’est ainsi qu’il fût à même, dans son vagabondage attentif, de remarquer les crochets suspendus au plafond, en poussant la porte de l’arrière-cuisine ; sans doute servaient-ils à y faire sécher des morceaux de viande, songea-t-il, cependant il ne sût expliquer la présence de la paire d’épais nœuds coulants, qui descendaient du sommier, comme si une potence avait hérité de la fonction d’un lustre. Il crût même distinguer dans les entrelacs de la corde quelques mèches de cheveux.

D’un pas mal assuré, il se hasarda à s’approcher de la porte qui se découpait dans le mur, au fond de la pièce étroite. Aucun souvenir de lui revenait de cette porte : elle semblait avoir été dissimulée par des étagères durant des années. Il glissa la clé dans la serrure, et la tournant, le mécanisme se déclencha sans effort. Poussant le battant, il découvrit un réduit engorgé de toiles d’araignées, dont il semblait que la lumière de la fenêtre de l’arrière-cuisine était la première qui glissait dans cette pièce depuis bien longtemps. Et de ce que ces pâles rayons dévoilèrent, rien qu’à l’entrée du réduit, fût un spectacle des plus tristes, comme endormi par l’oubli, d’où s’éveillaient à cet instant les ombres macabres : des couteaux, marteaux, et autres outils chirurgicaux étaient abandonnées à même le sol, éparpillés parmi ce qui semblait être des dents. Plus loin, un cadavre réduit en ossements noircis était encore enchaîné par les bras à la cloison, et l’objet tout aussi noirci, de ses souliers jusqu’à ses cheveux hirsutes, qui se recroquevillait dans son bassin, n’était autre qu’une petite poupée. De l’autre côté, un deuxième squelette gisait dans la terre, il ressemblait à celui d’un chien. Ce qui habitait ses côtes n’était pas un jouet, mais un autre cadavre. Un petit corps enfantin.

Terrifié, le corps tremblant, il quitta le réduit en trombe, remonta à vive allure jusqu’au grenier, dans un réflexe puéril, pour y trouver refuge, et s’y enfermer.
Etreint des sanglots où resurgissaient alors toute l’amertume passée et les cauchemars de son enfance, il se confina dans l’angle du grenier, et demeura immobile.

Quand le jour commença à décliner, il s’apprêta à quitter la maison. S’approchant alors du coffre, demeuré ouvert sous la fenêtre du toit, il y jeta la clé, et ainsi que la boussole. En observant ce dernier objet, culminant sur le tas de vestiges, il remarqua une forme frémissante dans au centre du disque. La boussole n’avait pas d’aiguilles. Seulement un œil sanguin, dont la pupille s’agitait en tous sens, regardant dans toutes les directions, et se fixant sur lui. Puis l’œil se détourna en s’orientant vers le reste des objets formant le monticule, et désigna la vieille photographie sur laquelle il s’était attardé en ouvrant le coffre.
Sur les visages gris de ses ancêtres, il n’observait plus aux yeux qu’un regard fou, et à leurs bouches un sourire atroce.

Le médecin revint vers les parents du malade, l’air sceptique.
« Il dit qu’une créature répugnante habite son cerveau, et que celle-ci suce sa substance de ses lèvres de pieuvre, en changeant peu à peu son sang en poison noir. Je ne saurais dire si je l’ai vue, mais cet homme est complètement fou. »

Tout avance, tout s’éteint, tout coule et tout recommence.

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