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 L'Ile de la Moule - 1/2

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Aklatan
Capitaine des Plaines
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Messages : 483
Date d'inscription : 04/07/2008
Age : 105
Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: L'Ile de la Moule - 1/2   Lun 1 Aoû - 20:47

Loin des terres à ce jour connues, au-delà même des brumes que les vivants peinent à discerner, aux ultimes frontières écumeuses, au concours des mers, et des glaces, et du magma, dans le séjour rebus du monde, où le ciel tout entier ne saurait assez se pencher qu’il ne puisse en embrasser un contour… C’était sur une pauvre et grande île, simplement au milieu des flots. Et là il y avait Aklatan, pitoyablement troubadour, comme d’innombrables gueux que seules des livrées de tonneaux d’écoutilles permettent de ramper plus bas que mer, loin de leur sol, et de l’or seuls !
De fabuleuses histoires mériteraient d’être contées si une belle tripotée de corniauds dans son genre parsemaient effectivement les continents oubliés, les angles desséchés du monde, des plus sots aux plus sauvages, des moins sages aux mieux sagouins – peu importe qu’il s’agisse de ces gens ou de ces morceaux de terre, nous parlons d’aventure ! – et pourtant…
Et pourtant quand bien même il y aurait aventure à rapporter pour connaître ce qu’il advint de ce piètre nigoudin avant de se trouver au dos de la carte, cela prendrait d’un temps bien trop précieux, car celui dont nous disposons appelle à des péripéties plus prestigieuses encore, qu’il serait dommage de laisser choir ; ainsi Aklatan vagabondait sur l’île, qui semblait loin d’être si déserte qu’on le dit, et marchait sur un sol fors de foule : il foulait à force seul un marché.

« Alors, brave sire, on parcourt l’Ile de la Moule de corde en ficelle, puis on est tenté de réfléchir sur soi-même, n’est-ce pas ? » l’interpella un vieux croulant, assis derrière deux cubes de bois qui lui servaient de présentoir. Le quart de baraque mitée devant laquelle il avait tendu une toile rapiécée en guise de toiture devait lui servir, malgré tout, de boutique de fortune, si l’on puit dire. Il esquissait un sourire avisé, ce qui distendait les rides et les cicatrices épaisses qui striaient ses joues mal rasées, et au comble du mauvais goût, un bandeau mauve – rapiécé lui aussi de mouchoirs aux motifs criards ; nul doute qu’il devait disposer d’un fournisseur unique de tissu, si ce n’était lui-même - couvrait son œil droit. Mais pour ce qui était de son chef, il revient à vous, qui oyez cette histoire farfelue, d’imaginer ce qui lui siérait le plus ou le moins, selon votre humeur ; les jeux sont faits ! Ne nous méprenons point : le narrateur le sait déjà, alors à votre tour.
Aklatan s’approcha du maigre étalage du vieux bougre, qui comptait des pacotilles comme en peuvent contenir les greniers de manoirs abandonnés, ou encore la salle à manger d’inventeurs dégénérés n’ayant pas quatre pièces pour faire provision de deux jours. Le Troubadour rétorqua, comme s’apitoyant de son innocence :

« Brave sire, pour tout vous dire, je ne réfléchis jamais sur moi-même, mais je fléchis la raie en attendant que ça se passe, et ça je n’y peux rien du tout.
- Aha ! Mais c’est que vous semblez être une sacrée pelote d’aventurier ! Ca m’a pris aussi, il y a longtemps déjà, je m’étais mis en tête d’être chasseur de géants ! Vous imaginez un peu le métier ?
- Mmmh… Et c’est le géant qui vous chassait pour vous le mettre dans la tête ; c’est comme ça que votre œil… ? » susurra-t-il en mimant le cache sur son propre œil.
-« Non, ça, ce n’est que de la frime ! J’ai la paupière un peu enflammée ces jours-ci, comme tu peux le voir. » répondit-il en soulevant son bandeau avec grand naturel. Le vaste trou noir qui béait dans son orbite émaciée aurait, sans doute, pu confirmer ses propos d’une façon plus pertinente. Mais quoi il en pensait, Aklatan se souvenait qu’il n’était pas chez lui.
« Et je dois ma jambe d’or à cette foutue chasse au spéridien, quand ces sales bêtes ont envahi la région de Gramtül, tout au nord… Une sorte de marcassin bourré de crocs m’a grignoté le pied quand j’essayais de descendre d’un arbre ! » bougonna-t-il en agitant les jambes, auxquelles Aklatan prit également soin de jeter un œil, pour constater que ses deux membres étaient aussi bien poilus que bottés. Il commença donc de l’interroger :
« Mais, vous n’avez pas…
- Pas de jambe de bois, hein ? Tu es nouveau, ici, non ? Mais non, je déconne, har-har ! Tu sais, par ici, on n’utilise pas le bois : les arbres donnent du sirop. Alors on se garde de les abattre pour garder le sirop. Mais l’or, que veux-tu qu’on en fasse ? C’est lourd, c’est dur à travailler, et ça dégouline à la première chaleur sitôt qu’on se fatigue à en faire du lingot ! Alors à quoi bon ? On s’en fait une belle jambe, et roulez jeunesse !
- Certes, certes, mais ne disiez-vous pas que vous chassiez le géant ?
- Oh, je chasse un peu tout ce qui bouge. » Le silence s’installa un instant alors que les deux individus se regardaient d’un oeil impassible. Puis le vieux bougre se pencha dans sa chaise pour murmurer à Aklatan, la main en éventail :
« Mais, entre nous, il faut que tu saches quelque chose… Il y a un géant sur cette île, le plus fort, et le plus coriaces de tous… Et c’est moi qu’il veut, il me cherche. Il attend que je m’approche de son antre depuis douze ans, car il ne s’est pas remis de l’affront que je lui ai fait subir. Ce sont les grondements de ses colères qui résonnent dans la jungle, juste au pied de la montagne ; chaque nuit, je les entends. Et je sais qu’il dévorera quiconque se jouera de lui, il fera tout pour m’avoir, alors je te mets en garde : ne t’approche pas des collines feuillues où la boue demeure stagnante, au centre de l’île.
- Quel affront lui avez-vous donc fait pour vous vanter qu’un géant monstrueux veuille votre peau ?
- Simplement ce pourquoi cet endroit est connu sous le nom d’Ile de la Moule, gamin. » déclara-t-il en s’affalant dans son dossier avec décontraction. « Tout le monde te le dira.
- Cet endroit est connu ? Mais… Il n’y a aucun habitant, vous êtes seul résident d’un village abandonné sur la mer !
- Bien sûr que oui. Et toi, pourquoi es-tu là ?
- J’ai voulu me retirer du monde quelque temps. Et ça n’a pas très bien fonctionné, alors je me suis résigné à faire des vacances de mon voyage. Puis je me suis perdu. Alors j’ai décidé d’être en vacances, pour toujours.
- Mais c’est formidable que cette chose -là !
- Où ça ?
- J’ai exactement ce qu’il vous faut : un aventurier audacieux comme vous doit pouvoir profiter au mieux des moments de paix qu’il peine à s’accorder… Regardez ! » Et fouillant dans un sac qu’il gardait à ses pied, il sortit une petite scie crantée, terriblement rouillée. « Une scie traditionnelle !
- Que voulez-vous que je fasse de ça ?
- Eh bien c’est une scie de vétéran, ce modèle est aujourd’hui utilisée par certains bourreau de médecine pour amputer les membres sans efforts. Prenez-la, elle deviendra votre meilleure amie, et à la moindre infection, chtouk ! Vous voilà guéri ! Avec ça, vous ne risquez pas de vous faire mal ! » Le marchand semblait lire difficilement en l’air circonspect d’Aklatan, qui tâcha tout de même de ne pas contrarier cet individu, dont la vision de l’aventure se résumait avant tout au rapport étroit qu’il entretenait avec la chasse et les outils des plus douteux.
- Ah, bien sûr, je comprends ! Cela tombe bien, je rêvais justement de venir jusqu’ici pour déposer mon argent en babioles immondes ! Mais, voyez-vous, je rechercherais plutôt quelque chose… pour me détendre le membre, plus que pour le couper, si vous voyez ce que je veux dire.
- Alors ton désir est entièrement vain, et ta quête vouée au néant de l’inutile. Vous êtes un végétal, messire, parfaitement, un végétal ! Vous êtes un arbuste, un buisson !
- Sans aucun doute. Vous ne chassez donc pas les buissons, ni les arbustes, au moins ? Pensez un peu au sirop…
- Vous avez raison, et c’est vraiment une chose formidable que celle-là ! Car j’ai exactement ce qu’il vous faut !
- Vraiment ?
- Non, à vrai dire, ce que j’ai là n’a aucune chance de vous convenir. Qu’en dites-vous ? » D’un geste vif, il saisit à nouveau le sac qu’il gardait à ses pied, puis vida entièrement son contenu sur le sol. Après que ce qui semblait s’apparenter à des panoplies d’outils d’orthodontie vétustes et calcinées se soient étalées en un tas informe, il tendit à son client ce qui était demeuré jusqu’alors un sac : ce n’était qu’un large morceau de toile, dépareillé et malodorant.
« Tenez, je vous l’offre. Ca faisait longtemps que je voulais me débarrasser de cette merveille ; aujourd’hui elle peut très bien vous servir de hamac !
- De… Vous dites ?
- C’est simple, vous l’étendez entre deux mâts, et vous pouvez profiter de la brise en tout tranquillité, il suffit de laisser tanguer !
- Et à quoi ça sert ?
- A ne rien faire du tout. Se laisser porter, uniquement !
- Eh bien, cela me semble parfait… Pouvez-vous me rappeler le prix ?
- C’est gratuit.
- Bon, il y a juste assez dans le coffre. Marché conclu !
- Ah, un aventurier, un vrai ! Tenez, et surtout : chasse gagnée, trésor gardé ! »



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