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 Les mésaventures de Turnal Cri-Vermeil - 2

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Aklatan
Capitaine des Plaines
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Messages : 483
Date d'inscription : 04/07/2008
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Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: Les mésaventures de Turnal Cri-Vermeil - 2   Lun 4 Juil - 11:38

Le seigneur Turnal Cri-Vermeil était un sire nullement beau, aucunement noble, et qui plus est misérable et déshérité, qui habitait une tour grossière, livrée à l’inertie venteuse d’une colline non moins austère… Mais il est inutile de jouer de rengaine sur ce que nous avons déjà entendu, car le seigneur Cri-Vermeil ne mérite plus d’être ainsi introduit : sa renommée illusoire le précède. C’est d’ailleurs pourquoi il lui voue lourde rancune. Mais ce ressentiment ne saurait égaler celui qu’il destine à Tarlun Chant-d’Azur. Ce sire-là, nous le connaissons bien. Et tout, nous le savons déjà.
Alors pourquoi poursuivre un récit ne valant pas mieux que le mouton aux trousses d’une carpe dans un bocal ?

« Mais à quoi donc songez-vous hui pour débarrasser de lui ? » demanda le félon Tanalak, l’ignoble nain, à son seigneur.

Il semblerait que l’histoire daigne elle-même intervenir pour répondre à cette question. Il était temps, car on eût cru qu’elle en resterait là sans rien justifier de péripétie… ou de mésaventure. C’aurait été bien dommage… ce que démentirait sans doute le seigneur Cri-Vermeil, sans qui rien de tout cela ne mériterait d’être conté.

« A ce pour quoi je t’ai envoyé à cette foire grossière ces neuf derniers mornes jours, bien sûr ! » rétorqua froidement Turnal, le regard sombre perdu au loin, delà l’encadrement de sa fenêtre démolie.
« L’Octimaine aux Gibets n’est certes pas de bon augure pour nous, sale bougret ; mais cette Foire aux Gibets et ses jeux d’adresses s’avèrent être une occasion piteusement idéale, notamment pour notre commerce. Car avec ce que tu as remporté, nous ne pouvons que maudire notre bonne fortune… Je la hais, n’est-ce pas ?
- Oh, vous l’exécrez, mon seigneur.
- Non, imbécile félon ! Je ne peux tant détester le sort que Tarlun Chant-d’Azur ! Je le déteste plus que… tout ! Plus que cette effroyable tour, plus que cette affreuse colline, et cette ignoble région, avec sa peste de clair de lune, et son abominable fraîcheur matinale !
- Et plus que moi, mon cher maître. » renchérit Tanalak, susurrant entre ses crocs brunis.
-« Bien plus que toi-même ! Peut-être plus que… Cri-Vermeil en personne.
- Vous, mon vil seigneur ? Vous vous emportez !
- Nenni ! Pitre et poisse, cendre et boue, c’est la vérité ! Il faut l’admettre… Je dois occire ce misérable ! Combien de volailles es-tu parvenu à guillotiner en tirant la petite ficelle, encore ?
- Pas moins de trente-et-une, ô fourbe sire. Et c’est chose sûre que la tâche n’était pas aisée : le couperet de ces miniatures était fabriqué de manière à s’écarter de sa trajectoire à la moindre oscillation du poignet ; assurément après tant de nuits et de journées à m’y adonner, nous ne pouvons que…
- Mais que font donc ces damnés coursiers ? Les mandats libérés auront tôt fait de les rattraper avec telle paresse, c’est inacceptable ! » bougonna Turnal en faisant les cent pas devant sa fenêtre.
-« Hélas, vous savez que cette mesure n’applique sentence que jusqu’à l’impolitesse verbale ; mais votre fidèle serviteur peut servir de porte-parole pour appeler au délit mineur aussi bien pour manque de ponctualité, si tel est votre abject désir… »

C’est alors qu’un claquement souple attira l’attention des deux occupants de la tour. Sur le rebord de pierre de la fenêtre, un corbeau s’était posé, portant en son bec un message. Maître Turnal, s’étant précipité, le saisit sans le moindre usage.
« Non, mais il m’en coûterait moins de l’appliquer uniquement à ces bougres d’oiseaux, » maugréa-t-il en déplia la missive, « si la foire ne s’était retirée, je t’enverrais volontiers y jouer avec cet emplumé… Qu’est-ce donc que cela ? » s’interrompit-il soudainement à la lecture du message. L’inscription était telle, parée d’emblèmes festifs aux couleurs des foires de province :

Félicitations, dame(s) / seigneur(s) !
Grâce à votre participation à la foire de votre comté, vous remportez un bon valable pour deux personnes pour l’exécution publique de votre choix, à l’occasion de l’Octimaine aux Gibets !
Profitez-en !


Spectacle offert uniquement sur présentation du présent coupon. Utilisable seulement entre le 12e et le 20e de Falidon. Aucune réclamation ne sera prise en compte, sauf en cas de soudoiement généreusement honteux et obscène aux présidents des Foires Govoriennes.


L’immonde nain Tanalak jeta un regard sur le carton, et répondit avec malaise :
« Mon seigneur amer, vous… Vous avez gagné deux places pour une exécution, me semble-t-il.
- Traîtrise ! Félonie ! Je n’ai que faire d’assister à des spectacles grossiers ! Nous devions remporter le grand prix de mille pièces d’or ! Ne me l’as-tu pas certifié ? De quelle menterie oses-tu me faire l’affront, teigneux suppôt de charogne ? » fulmina Cri-Vermeil avec fureur.
- Grand vilain seigneur, par pitié croyez bien que…
- Diantre ! Comment allons-nous payer un assassin à présent ? Nous sommes démunis ! Sans nul argent ni dessein valable ! Cette grêle et terrible journée ne verra nulle terne lumière décliner d’un cil tant que Chant-d’Azur ne sera pas rongé aux vers au fond d’une tourbe !
- Maître infâme, il reste le secours du poulailler ! » intervint Tanalak. Sire Turnal demeura un instant interdit, l’observant avec un irascible dédain.
« Que veux-tu que je fasse du poulailler, piètre pleutre abruti ?
- Eh bien, mon bien abhorré seigneur, il se trouve que pas plus tard qu’hier, j’ai regardé sous le cul des poules, non point pour y dénicher quelque œuf fraîchement pondu, mais bien pour y trouver de l’or.
- Mais… Aucun diction, ni la légende la plus grotesque n’admettent l’existence de sommes d’argent trouvées sous le fondement d’un poulet !
- C’est bien sot, car j’y ai découvert mille trois cent pièces d’or ! »

Le désespoir enjoué qui anima le seigneur Cri-Vermeil en cet instant lui provoqua une colère noire, si bien qu’on eût cru qu’un ouragan s’était déchaîna sur la colline chauve. Pourtant, il ne fallût pas attendre longtemps pour que Turnal affecte à son service un assassin de premier choix, vif comme l’alouette au cœur d’une nuit sans lune, noir comme l’ombre qui s’évade en les bois, sournois comme le loup guettant sa proie blessée, mais fier comme le rapace qui , jailli hors des nuées, se…
« Je veux quatre cent pièces d’avance, pas une de moins. » ordonna-t-il à Turnal, la plume en main, attablé devant un contrat.
-« Vendu. Mais n’en faites qu’une bouchée, sans écho ni trace. Pas une de plus ! » Répliqua-t-il à son employé, qu’il comment déjà de haïr de tout son être, davantage encore que la plume émaciée avec laquelle il signait le parchemin contractuel. Sait-on jamais, elle aurait pu servir à orner un chapeau de velours.

La destination de l’assassin fût le Village des Hautes-Plaines, où sire Tarlun Chant-d’Azur se terrait habituellement en compagnie d’autres Troubadours. Tandis que le seigneur Turnal se frottait les mains en méditant une abominable satisfaction, le regard fixé sur les toits du villages s’élevant en contre-bas de la colline, le malandrin faisait route vers les portes en aiguisant sa lame affilée.
Bien que la foire s’était retirée, une paisible agitation demeurait dans les rues du village en ce jour de marché, notamment au beau milieu de la très prisée Octimaine aux gibets. Le décor s’avérait une occasion optimale pour la besogne de l’assassin qui, couvert et encapuchonné d’un mantel d’ébène, s’immisçait dans la foule avec la discrétion d’un lièvre dans son terrier. C’est alors qu’il localisa Tarlun Chant-d’Azur. La cible, l’ennemi tant médit et cinglé, qui vagabondait avec une grâce ostentatoire devant les étals d’accessoires et de bijoux. Le fourbe rôdeur se murmura à lui-même, se remémorant les indications de son commanditaire :
« « L’air ganache et pédant du ménestrel cher aux ribaude, accoutré de bottes indécemment brossées et d’un écoeurant chapeau à plume criarde », m’a-t-il dit, je ne crois pas me tromper. J’en profiterai pour lui couper la plume, cela sera ma signature artistique… Du plus bel effet, je le pressens ! Je m’en voudrais presque de passer trop inaperçu, cette fois-ci, hahaha !» se réjouit-il avec malice.

L’assassin effectua quelques faux détours à travers la foule, en attendant que Chant-d’Azur parvienne à l’embranchement d’une ruelle étroite, dans laquelle il pourrait le piéger.
De son côté, Tarlun dépassa rapidement le présentoir d’un joaillier, qu’il dépouilla lestement d’un bracelet serti qui prenait place avec orgueil au milieu de l’étal, alors le marchand détournait un instant son attention vers son voisin d’échoppe, qui lui adressait quelques mots.
A la suite de Tarlun qui s’éclipsait à pas feutrés arriva l’assassin qui, concentré sur la progression de sa cible, dont il se rapprochait, passa à son tour devant de l’étal de bijoux, et glissa minutieusement sa main à la ceinture, au creux de son mantel, pour y dégainer sa dague.
Le joaillier, soudainement affligé de la disparition subite du cadet de sa collection, lança son regard partout autour de lui, subjugué, avant de remarquer la manipulation discrète de l’individu à l’allure secrète qui semblait dissimuler sa main sous le manteau en s’éloignant d’un élan suspect.
Le marchand furieux laissa alors échapper un cri scandaleux, en interpellant la foule, et le malandrin :
« Au vol ! Cette crapule m’a dérobé mon bracelet ! Qu’on saisisse ce scélérat ! »

L’assassin s’adonnait à parfaire sa manœuvre en longeant le mur aux trousses de Tarlun ; s’emparant brusquement de l’épaule de sa cible, il s’apprêta à le renverser dans l’ombre du passage pour lui trancher la gorge… Mais Tarlun fût plus rapide que lui : s’avisant de la réaction de la foule alentours, qui détournait son attention vers le malandrin, il ceignit le brassard tout juste chapardé au poignet de l’assassin d’un seul geste, et feignit de tomber à la renverse, à ses pieds, en s’écriant, sous les yeux des passants interloqués :
« Que me faites-vous là ? Avez-vous perdu le sens qu’il vous prend ainsi de me brutaliser ? » Un râle d’ébahissement scandalisé retentit de par la foule tandis qu’une poignée de gardes en armes arrivèrent jusqu’à l’assassin, qui demeurait figé de dépourvu.

Le crépuscule vermillonnait à l’horizon, et de nombreux spectateurs s’assemblaient et prenaient place sur la grande place, tout autour de l’estrade où s’élevait un majestueux gibet, au bois coquettement verni.
« Sur application des mesures judiciaires inhérentes à la charte des mandats libérés de l’Octimaine aux Gibets, le sire anonyme parmi d’autres que voici accusé de délits mineurs de vol à la tire et de bousculade d’autrui, qui plus est en lieu public, est condamné à être pendu par le coup jusqu’à ce que mort s’en suive. L’accusé a-t-il un dernier mot à transmettre ? » harangua un commissaire au côté du condamné, les mains liées, le nœud coulant entourant sa gorge. L’assassin, débarrassé de son mantel, n’offrit d’autre réponse que de redoubler de pleurs, et se lamentait misérablement en versant chaudes larmes. Quant au commissaire, il n’ajouta lui-même rien d’autre que :
« Que les spectateurs placés debout laissent passer les gens assis ; et nous prions ceux qui sont munis de bons gratuits de se présenter dans la file située à ma droite. Merci, et bonne exécution ! »

Aux premiers rangs, le seigneur Turnal Cri-Vermeil et son second Tanalak occupaient deux chaises, assistant au spectacle.
« Finalement, ce prix remporté à la foire n’est pas si déplaisant, même si ce n’est pas pour vous contenter… » déclara le nain à son maître, faussement enthousiaste. « Et puis, il nous reste assez d’argent pour la prochaine foire, ou acheter quelques poules, ou simplement manger autre chose que du rat séché, ce soir…
- Ce terne et morne soir. Je me dégoûterais presque davantage qu’en tous ces tristes soirs et ces matins maussades, à l’idée de l’ignoble brin de satisfaction qui me prendrait en voyait ce minable ainsi déconfit. » ajouta Turnal.
-«Vous le détestez vraiment, n’est-ce pas ?
- Oh, loin s’en faut que non ! Je ne pourrais tant l’avoir en mépris, en tel innommable aversion qu’envers… qu’envers…
- Envers Tarlun Chant –d’Azur, mon vile et glacial seigneur ? » suggéra Tanalak, trépignant d’une lasse impatience en promenant au hasard son regard vers l’estrade.
« - J’aurai sa peau, » lâcha Turnal entre ses dents, « quand j’aurais fait débarras du massacre occis par sa mort ! »

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