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 Fragment du rêve 15 - Sabbat

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Aklatan
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Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: Fragment du rêve 15 - Sabbat   Mar 31 Mai - 12:32

La chaumière fumait paisiblement du bout de sa cheminée, et le soir n’allait plus tarder à s’installer sur les chemins des champs. A l’intérieur cuisinaient deux femmes, une jeune et une vieille, l’enfant et sa grand-mère. La plus petite n’était pas plus grande que le rebord du gros chaudron qui reposait dans la flamme de l’âtre, et la plus vieille n’était pas moins jeune que lui, mais tout demeurait encore, tant que reposait l’âme de l’être. Elles tournaient la cuillère et touillaient dans le mélange, à tour de rôle elles remuaient la soupe, légèrement tremblante en attendant de bouillir.

Un sourire aux lèvres, la jeune fille traçait de grands cercles dans la mixture, comme elle aurait fait fresque de neige fraîche… Mais les flocons brûlants ne conservent la trace d’aucun geste, la chaleur est un mouvement perpétuel. En voyant fondre les anneaux dont elle couronnait ces humeurs brûlantes de vie, elle plongeait les aliments que lui donnait sa grand-mère, pour les voir disparaître sous les flots, doux comme ceux d’une source, épais comme le magma.
La vieille femme s’amusait également d’observer les gestes de la petite fille, si curieuse des mouvements du mélange, et de la chaleur qui s’en dégageait peu à peu ; elle semblait tant s’en ébahir qu’elle paraissait prête à s’engouffrer dans le mélange du chaudron, pour y côtoyer les rondelles de légumes qui reposaient dessous.
« Si tu te penches trop, tu vas finir par tomber dans la soupe. Te fait-elle tant envie que tu veuilles la manger tout de suite ? Un peu de patience. » demanda la grand-mère avec un sourire, tout en coupant des tranches de légumes sur la table. « Tu aimerais y cueillir les bonnes choses qui sont dedans. » ajouta-t-elle, ravie.
La jeune fille regardait sa grand-mère avec un sourire gêné, sans oser prononcer un mot ; elle tournait la cuillère avec davantage de précaution. Reposant alors son couteau, la grand-mère déclara :
« Allons, il est temps de goûter. » Aussitôt, la petite fille amena avec impatience la cuillère jusqu’à sa bouche.
« Doucement, ne va pas te brûler, souffle un peu dessus. » intervint sa grand-mère en arrêtant son geste. Après avoir soufflé quelque peu sur le bout de l’instrument, elle guida la main de la jeune fille à ses lèvres, et lui murmura : « Maintenant, dis-moi ce que tu en penses ».
Puis sans lâcher la cuillère qu’elle maintenait grâce à la main de la petite fille, elle la fit glisser dans sa bouche, puis l’enfonçant doucement jusqu’au fond, elle la plongea dans sa gorge, et malgré les cris de sa petite-fille, l’engouffra plus profondément encore, sans qu’il ne lui suffise de lui faire avaler jusqu’au manche de la cuillère.

La vieille femme continua de remuer doucement le mélange avec la cuillère. Puis reposant sur la table la petite fille qu’elle avait tendrement étouffée, elle reprit son couteau. Et la nuit tomba.



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Aklatan
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MessageSujet: Re: Fragment du rêve 15 - Sabbat   Mer 1 Juin - 9:48

« Nous avions fait un tour le long des Hautes-Marches, au beau milieu de la nuit, à l’heure où leurs rêves sont les plus beaux, les plus denses… Il n’y avait que quelques lampes suspendues à des mâts, nous les avons seulement éteintes, tu aurais vu cela : un village silencieux, sans la moindre lumière ; une vraie cour de jeu ! Oh, qu’il est mignon, celui-là, donne-le moi ! » lança-t-elle à sa camarade. Elle le saisit et le laissa sur un des crochets qui descendaient des charpentes.
« Alors nous nous sommes rendues à petits pas jusqu’à la dernière maisonnette, le petit ne dormait pas, il se tenait immobile assis dans son lit, je crois qu’il tremblait ; mais nous savions toutes les deux que ce n’était pas nous qu’il attendait… quelle misère. Quelle misère qu’il ait été si sage ; c’est à peine s’il s’est laissé mettre la tête dans le sac, le pauvre petit cœur paraissait tétanisé…
Pour nous divertir davantage, nous sommes allés faire une promenade dans le bois, c’était un détour, mais un détour charmant par une nuit si noire !
Le sort nous a fait croiser un carrefour : au beau milieu du chemin, une ridicule petite croix accompagnée de jolies formules insignifiantes voulaient encore nous voir enfuir en battant des ailes ! Cela nous mettait plutôt en joie ; comme nous ne voulions pas léser notre bonne humeur, nous n’avons pas hésité à offrir un sacrifice ! Nous avons appelé les bêtes. Et nous leur avons laissé le petit. Quelle entente merveilleuse que cette cérémonie improvisée ! Le sanglier et le loup s’amusaient à séparer la tête du tronc, tandis que les autres distribuaient les membres avec quelle festivité ! Nous sommes parties le cœur léger… en nous souvenant que tris autres nous attendaient bien sagement à la maison ! » Elles ricanèrent de concert, tout en comblant les crochets qui se succédaient dessus leurs têtes. Sa camarade répliqua :
« Qui ne serait assez sensible à l’éclat de cette lune pour se refuser à quelques virées nocturnes ?
- Il faut bien se dégourdir un peu. Il faut bien aller chasser. Mais la lune n’est pas moins éclatante en regardant par la fenêtre, n’est-ce pas, ma chère ?
- En effet, ce n’est pas nous dirions le contraire ! Je me rappelle pour ma part une soirée également séduisante, et fructueuse ! Nous étions déjà étourdies d’excitation nos visions terminées ! Nous avons manqué de renverser plusieurs des tables dans notre hâte, et le grimoire n’était pas refermées que certaines étaient déjà dehors ! Nous avons dû en rapporter une douzaine, peut être quinze ! C’était à la ville, juste à côté ! La nuit résonnait des cris d’enfants, mmmh, c’était délicieux…
- Mais votre imagination était-elle à la hauteur de votre ardeur ? Vous ne vous autorisiez aucun gâchis, je l’espère.
- Oh, il n’en était pas question ; non, c’était au contraire un festival, qui languissait tièdement, on mène toujours à bien son meilleur plaisir…
- Ah, j’ose espérer de ce fait que vous avez expérimenté l’Hepm-ruhügangadraieï !
- C’est exactement par cela que nous avons commencé, et je dois te vanter le succès du résultat ! Les membres ne tenaient plus que par un fil, aussi fin que la première couche d’un épi de paille, et nous avons réussi à allonger le fil de chair de sa jambe gauche, au plus de la longueur d’un pied ! Et le petit vivait encore une deo plus tard ! Haha ! Il s’était évanoui…
- C’était donc un garçon ! Les hommes sont toujours les premiers à s’évanouir. La dernière petite princesse que j’ai vu perdre ses bras pouvait encore crier lorsqu’on lui arrachait la dernière jambe…
- Mais rassure-toi, nous avons trouvé un autre passe-temps qui conférait une atmosphère très plaisante à une cérémonie quelconque. Vois-tu, il suffit de frapper la surface bouillante d’un simple mélange de Chag-tellu’honh putride avec une pied de flériance séchée, tu te rendras compte que la vapeur, déjà corrosive, devient plus maladive grâce à la réaction provoquée par la flériance. Ainsi, nous avons pendu le marmot par les pieds juste au -dessus de la marmite ; tu aurais dû le voir arborer toutes ces couleurs - qu’aucun peintre ne saurait reproduire, fût-il un démon – alors que sa chair fondait sur ses os… elle se liquéfiait à un tel point que son corps entier s’égouttait lentement dans la marmite ! Je peux te garantir qu’ils sont capables de hurler très longtemps avant que tu n’en viennes toi-même à te lasser !
- Que voilà de l’ingéniosité, pittoresque à souhait… Et ce bon Chag-tellu’honh doit faire macérer par lui-même la chair qui lui est offerte, le spectacle doit être ravissant ! C’est bien dans les jeunes corps que l’on fait les meilleures soupes !
- Oh, que oui… Ah, je l’ai ! Regarde, il palpite encore !
- Oh, le pauvre petit cœur ! »

Elle attrapa le cœur sanguinolent, et le pendit à son tour sur les nombreux crochets, alignés au-dessus de la table. Ainsi elles cueillaient du bout des ongles les organes dans le ventre de l’enfant, qui demeurait pâle et immobile, allongé devant elles. Ses orbites étaient noires, il n’y avait plus d’yeux.
A l’autre bout, ses pieds manquaient. Dans un coin de la pièce, le molosse bruyamment se délectait à les dévorer.
Ainsi faisaient-elles des enfants qui ne croyaient pas en leur existence.

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