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 Les mésaventures de Turnal Cri-Vermeil - 1

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Aklatan
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Date d'inscription : 04/07/2008
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Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: Les mésaventures de Turnal Cri-Vermeil - 1   Lun 30 Mai - 11:36

Il y avait un seigneur, déshérité, et nullement noble, nommé Turnal Cri-Vermeil. Ce n’était pas un beau sire, mais un sire vil et mesquin ; il habitait une piètre tour au sommet d’une colline déserte, en compagnie de son serviteur, un nain malingre et malin, le félon Tanalak.
Le seigneur Turnal couvait une colère féroce et immuable, ainsi éprouvait une haine très prononcée pour les chapeaux à plume, les bottes finement cousues à ourlet montant, les manteaux à la mode courtoise et les chemises à manches bouffantes, les flûtes en bois et autres instruments de musique, les destriers lestes et bien nourris, les rapières ciselées, les pièces d’or brillantes, les chevelures bien lavées, le beau langage, les belles histoires, le bon vin, les aventures chevaleresques, et notamment les tavernes , les troubadours, les plaines, et par-dessus tout, Tarlun Chant-d’Azur !

Mais puisqu’il n’est pas question de présenter ce dernier personnage, tâchons donc d’en savoir davantage sur celui de Turnal Cri-Vermeil : tapi au fond de sa tour branlante – que le vent ballotait sensiblement à la moindre brise – le vilain sire ruminait d’amères pensées qui attisaient sa haine pour les voyages lointains, la pureté de l’amour, la poésie, et surtout pur Tarlun Chant-d’Azur. Penché à l’encadrement de pierre froide qu’il détestait appeler fenêtre (car Turnal aimait ne pas se contenter des petites choses de la vie, qu’il abhorrait autant qu’il pouvait l’aimer), son regard se perdait dans les vallées et les bois qui se perdaient au loin, là où le jour appert en lueurs dorées, ce qui lui déplaisait au plus haut point. Il savait que de par le paysage fraîchement verdoyant, c’est-à-dire éminemment méprisable, les bourgades d’où surgissaient les toits tuilés comptaient parmi elles le petit Village des Hautes-Plaines ; et que des habitants qui fourmillaient sur la place au petit jour, il devait s’y promener des troubadours, et de ces incorrigibles ragoteurs de rimaille, il devait y avoir Tarlun Chant-d’Azur.

« Maudit soit ce courtisan de ribaudes ! » s’exclama Turnal entre ses dents. Son infidèle second s’approcha de son maître en lui susurrant de sa voix sifflante : « Maitre Cri-Vermeil, à quoi songez-vous donc ce matin ? » Turnal répondit, monotone et renfrogné :
« A ce Chant-d’Azur, Tanalak, comme tous les ternes matins et les mornes soirs de ces horribles journées !
- Vous semblez avoir beaucoup de ressentiment pour lui, n’est-ce pas ?
- Certes, je ne peux le souffrir.
- Vous le détestez vraiment, n’est-ce pas ?
- Pour sûr, je le déteste !
- Mais alors, il vous faudrait réfléchir à une occasion pour vous débarrasser de lui.
- En effet, comme tous les ternes matins et les mornes soirs de ces horribles journées de ces terribles années de ces abominables…
- A quoi donc pensez-vous hui pour vous en venger ?
- Eh bien, mon pauvre Tanalak, je ne saurais de le dire sitôt, car la colère trop encore envahit mon esprit et obscurcit ma pensée ! »

Ainsi Turnal s’en allait songeant, maugréant et maudissant celui qu’il désirait voir disparaître à tout prix. C’est alors qu’une idée s’insinua en lui : il allait occire Tarlun Chant-d’Azur !
Promptement il envoya l’horrible nain Tanalak s’enquérir de l’occupation son pire ennemi, afin de l’amener plus aisément au trépas, en jouant sur la fortune des circonstances !

Tanalak s’aventura donc hors de la tour jusque dans la vallée, et voir ce qu’il en était d Tarlun Chant-d’Azur à cette heure, en cherchant sa trace aux alentours du Village des Hautes-Plaines, et de par la campagne entière !
Pui il s’en revint vers son maître, pour lui soumettre de ses nouvelles en ces termes :
« Vilain sire, j’ai vu Chant-d’Azur non loin d’ici, il partait en voyage, paraît-il, en empruntant en charrette la route des sous-bois qui voisinent le Village. »
Dès qu’il entendit ces mots, Turnal aussitôt médita allègrement à une opportunité pour déconfire avec génie Chant-d’Azur qu’il détestait plus que tout, davantage que les prés de rosée couverts, davantage que cette petite colline, davantage que cette tour, et davantage que Tanalak !
Lui vint alors l’idée d’un plan sournois et infaillible : puisque Tarlun faisait route en charrette, il lui suffirait de donner grande peur aux chevaux qui le menaient, pour les lancer au galop. Le moment venu, il lui faudrait détourner subitement leur course en les surprenant sur le flanc, ce qui aurait pour conséquence de retourner la charrette, qui écraserait Chant-d’Azur comme une noix sous son poids !
Turnal frottait ses mains l’une contre l’autre en laissant échapper un rire fourbe, son excitation l’enhardissant avec une telle fougue qu’il en éprouvait souffrance, car l’impatience et la satisfaction l’affligeaient.

Il ordonna donc à son serviteur de se hâter d’aller rassembler bonne quantité de chutes de cuir colorées, des restes d’apparats à découper, des cordes, des plumes d’aigle et de chasseur nocturne (car Turnal détestait particulièrement les chouettes), une ballot de paille sèche, des planches, des clous et toutes sortes d’outil, un mélange de sève gluante, un fouet à lanières, ainsi que son manteau ébène et vermeil, qu’il arborait en des occasions qu’il n’appréciait guère plus que les autres.
Une fois les préparatifs terminés, Turnal se mit en route pour aller à la rencontre de son ennemi, qu’il ne manquerait pas de trouver puisqu’il le savait faisant chemin non loin de là !

Accompagné du court et vile Tanalak, ils aperçurent Tarlun s’engouffrer dans un chemin forestier, assis dans une grande charrette très seyante –dans laquelle le seigneur avait pris place avec décontraction – qui semblait effectivement tirée par quelque bête robuste. Cela ne manqua pas de déplaire au fourbe Turnal, qui haïssait aussi bien les charrettes que les chevaux.
Tous deux s’engagèrent sur les traces du chariot, et se cachèrent plus avant dans les bois en surveillant la route, où ils entendaient déjà approcher Tarlun au pas mesuré de ses bêtes.
Lorsqu’ils ouïrent la charrette parvenir jusques à eux, Turnal indiqua à Tanalak de s’élancer selon leur plan, ce que fit le nain ; il bondit hors des fourrés où ils s’étaient blottis, et se posta en travers du chemin en agitant les ailes, les lanières et les cornes factices de son horripilant costume, tout en vociférant de sa voix rauque et sifflante, en direction de la charrette qui s’avançait face à lui.

Malgré les fougueuses espérances de Turnal, aucun hennissement ne retentit depuis le chemin, ni aucun écho témoignant de l’affolement des sabots ou de son ennemi saisi par la surprise.
Il craignit que Chant-d’Azur avait passé son chemin sans remarquer la présence du nain du fait de sa taille petite et traîtresse.
Mais lorsqu’il dirigea son regard vers la charrette, il constata non seulement qu’elle était s’était outrageusement immobilisée, mais également qu’elle n’était pas tirée par le moindre cheval.
Le pleutre Tanalak s’ébattait avec une rage aveugle devant un couple de bœufs indolents et consternés, qui s’étaient arrêtés avec lourdeur.
Turnal s’approcha du chemin avec une stupéfaction mêlée de hargne, qui lui interdisait tout mouvement.

« Holà, messires ! Auriez-vous l’obligeance de vous écarte de ma route pour me laisser passer ? Je vous en serai grandement redevable ! »
Ces mots et cette voix finirent de figer Turnal, crispé sur place par le joug du mépris et de la colère. Son serviteur penaud jeta un regard impotent à son maître, et constatant le peu de dynamisme de sa réaction, le rejoignit fébrilement, et observa avec lui la charrette défiler avec lenteur devant eux, pour s’éloigner dans la forêt.

Tanalak ne put réfréner l’envie de saluer le chariot de la main, qu’il agita en l’air dans sa direction, en faisant frémir les rustres frusques qui affublaient sa grotesque personne.
Cela déplut d’autant plus à l’infortuné Turnal, qui d’ailleurs détestait aussi bien les charrettes que les chariots, et les chevaux que les bœufs hagards et stupides.
Mais ce qu’il haïssait avant toute chose était Tarlun Chant-d’Azur, qui ne manquerait jamais aux imprécations fulminantes qu’il ne se contenait pas de ne point aimer proférer le matin et le soir de chacun de ses jours.

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