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 Les laisses innutritives

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Aklatan
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MessageSujet: Les laisses innutritives   Mar 24 Mai - 9:42

Auguevin, 3e d’Altarème 3**

Mon cher aimant,

Vraiment l’on trouve des choses bien surprenantes au détour de nos régions, et je puis vous dire comment l’entendre. Il faisait un temps charmant lorsque je décidai de m’aller promener la semaine passée ; mon ami, vous n’auriez pu voir meilleure journée, de cette saison !
Mais il ne me fallût pas marcher une portionnette pour que telle étrangeté ne vienne mettre court à mes rêveries : vous imaginez sans doute ma surprise lorsque j’aperçus trois mendiants étendus dans les filages fangeux du bois, le dos courbe entre feuilles et troncs dégarnis.
J’eus eu vite fait de les priver de ma présence si je n’eus pris conscience qu’il ne s’agissait pas de brigands ; votre tendre amie ne se trouva pas moins épouvantée un instant durant, et vous m’auriez jugée bien sotte si ç’eut été là ma seule émotion quand des larcineurs s’en prenaient à une pauvre fille…
Pourriez-vous seulement deviner ce que les malandrins manipulaient ? Une poële ! De celles que ma bonne Célénie utilise pour gratiner les couronnes d’Aure aux courgettes ; c’est chose sûre, mon aimé, que vous en eussiez vous-même été fort interloqué. De la cuisine, en pleine forêt !
En y songeant, cette Célénie vide-t-elle véritablement à débarras notre table des pauvres restes qui encombrent les fins de soupers pour en rationner quelque bête grossière ? Mais je m’égare ; après tout, aux rats les plus infects ou à pareils vagabonds, il sied aussi bien. Cela dit, ce ne sont point là d’étranges manières en la présence de gueux de cette sorte, sachez que l’un d’eux semblait présenter quelque sordide malformation au détail de son visage – ou peut-être de son dos-, celui-là était sans doute bossu ; quelle farce ! Sans omettre le navrant spectacle du mépris de toute pudeur dont ils semblent prendre bon plaisir, croyez-moi, j’eux vite détourné mon regard du buisson où s’exhibait le vice pour m’en retourner, car comme vous le savez, il n’est nullement question de demander nom à la perversion quand bien même on vit son visage.

Voici donc là le récit d’une de mes journées, que j’espère vous n’accuserez point d’une légèreté trop malvenue.
Songez qu’en mon cœur votre nom est écrit, et qu’en celui de mes jardins, les eaux tranquilles de chaque étang me reflètent votre souvenir.


Mademoiselle de *******

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MessageSujet: Re: Les laisses innutritives   Mar 24 Mai - 9:43

Orglen, 6e d’Altarème 3**


Ma douce amie, de vous entendre
Ne saurais vous conter ma joie,
Mais que vaut-elle quand ma tendre
Et belle dame est loin de moi ?
Et l’effroi redouble l’ennui
De ne point vous prendre en mes bras
En me haranguant du récit
D’un grand péril où je vous vois !
Mais l’encre de vos mots tisonne
Le désir échauffant mon âme,
Car nulle autre voix ne résonne
Que celle à moi qui vous réclame,
Ma belle amie, quelle folie,
Malencontrant ces circonstances
Vous eût à ce point étourdie
Sans en redouter remontrances ?
Il ne convient à la noblesse
Et à la grâce de votre être
De côtoyer une bassesse
Que même un bétail n’irait paître !
Vous ne m’assurerez assez
Que ces coquins de grands chemins
Ne vous ont point violentée,
Ma mie, ne dissimulez rien !
Si j’en apprends pareil chagrin,
Même à mot muet, ou murmuré
Pour vous venger, n’en faudra moins,
Ils tâteront de mon épée !
Aussi ma douce, je vous prie
De ne faire trembler mon front,
Si de fièvre il se doit pris
Qu’il soit épris de votre nom,
Car dussé-je y laisser ma vie
Je lutterai pour recevoir
De votre minois un souris
Ou auprès de moi vous savoir.

Chevalier de **********-********-*************

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MessageSujet: Re: Les laisses innutritives   Mar 24 Mai - 9:44

Auguevin, 10e d’Altarème


Mon bon ami,

Dans quels curieux égarements vous laissez-vous donc mener ? Point ne me serai fait malmenée, ou n’aurai-je subi quelque odieux traitement dont j’aurais meshui à rougir, mon cher ; s’il m’était arrivée pareille opprobre, croyez-bien que j’aurais appelé votre bras à ma détresse, pour y noyer mes larmes, ou y rendre l’âme, s’il m’eût été infligé de souffrir un déshonneur sans que nullement je m’en écarte !

N’en soyez guère plus solennel, laissez donc là vos frayeurs, car il me tarde de vous divertir du conte d’une récente aventure qui s’inclinera à vous plaire, comme je l’escompte. Vous est-il auparavant arrivé de faire chemin dans cette région - certes primitive – dont le paysage pittoresque n’a d’égal, fors son nom ; car on aime à l’appeler la « Brousse ». Vraiment, doucereux aimant, êtes-vous amusant lors que vous évoquez ces petits peuples qui parcourent la « Plaine-quille de Berousse » ! Mais vous devinez comme j’aime vous en entendre conter.
Nous ne nous étions pas éloignés du marché des chapeliers de plus de dix pas lorsqu’il me prit malaise ; n’en éprouvez nulle crainte, mon cher, car il faisait forte chaleur, et ma bonne Célénie se hâta de m’aller rapporter un peu d’eau. Ce fût sur ce même sentier qui contournait les champs de terre – et cela n’était guère la moindre des étrangetés : j’eus toujours ignoré que la terre fût une denrée cultivable – qu’apparurent deux de ces vulgaires figures comme la forêt peut nous en présenter, on les nommerait par ici « traîne-gadins » ! Vraiment, n’est-ce pas charmant ? En effet, je ne puis me contenir de vous narrer le plus intriguant de leurs attraits : ceux-ci semblaient transporter marchandise, sans rênes ni voiture, entre leurs bras fluets, jusque dans leur dos de voûte, des légumes ventrus et écarlates. Ne vous offusquez point si j’ose vous soumettre les formes « bouffies » de ces étonnants fruits saisonniers ; mais tel bagage eut certes de quoi dénaturer le plus noble gratin en couronnes d’Aure aux courgettes ! Ces marauds faisaient chemin au promener de ces grosses tomates ; mais la chose s’avérait si éreintante qu’ils souffletaient rudement, en se déchargeant volontiers à l’opportunité. Ma bonne Célénie et moi nous en divertissions allègrement, et nous réjouissions encore d’un entrain guilleret en songeant à cette journée quand nous eûmes gagné le château.

J’attends récit de vos préoccupations au plus tôt, mon bel ami, car vous manquez à mon cœur.


Mademoiselle de *******


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MessageSujet: Re: Les laisses innutritives   Mar 24 Mai - 9:49

Orglen, 13e d’Altarème 3**


Ma bien chère aimée, que donc voilà-t-il
Qu’ainsi je vous voie toute à vos affaires
Et vos badinages tant volatiles
Que peu s’en faudrait jusqu’à me déplaire !
N’eussiez-vous donc gré de prendre conseil
De ce qu’un amant voulût enseigner,
Ce sans rudoiement, pour qu’à votre oreille
Vous soient dévouées en ma passion
Et la patience de vos actions
Et la conscience à vous en garder.
Car la flamme dense qui fait chaleur
En mon âme s’arde ainsi qu’un soleil
Par le blâme et l’ennui de vous pareille
Quand ma dame danse au pas de mon cœur.
Seulement songez qu’il me coutât fort
Pour vous divertir de quelque rimaille
Et pour vous servir, de défier la mort
Rencontrant contrées où mener bataille,
Mais bien davantage pour vous m’émeus
A ouïr les plaisirs d’une servante
A souffrir les manières des gueux
Que triste fortune ainsi vous présente,
Et si de langage me faut user,
Sachez donc qu’il cuit à qui côtoie cuistres
Recueillant fortuits timbres et teints bistres
Car inopportune est l’accoutumée !
Puissiez-vous, ma mie, ci avoir à cœur
Comme je vous ai, sise dans le mien,
Selon vos souhaits, et à votre bien
Je ne songe ainsi qu’à vous à toute heure.



Chevalier de **********-********-*************

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MessageSujet: Re: Les laisses innutritives   Mar 24 Mai - 9:50

Auguevin, 15e d’Altarème 3**


Je vous trouve bien audacieux, mon ami, et m’est avis que le zèle vous étourdit au point de n’en plus rien dissimuler. A vous-même ne semblez point fidèle, et j’ignorais que le sens manquait tant à vos yeux. Car de cuistres ou mendiants ne sont point là les manières, et je vous prie d’estimer autant que le devoir vous y porte et mes loisirs et ceux de ma cuisinière, quoi qu’il vous en importe. Veuillez souffrir alors qu’où que je puisse me rendre, fussé-je loin de votre être chéri, l’on fait connaissance de charmants paysages, et d’une gente fort respectable, si abjecte soit-elle, et toute démunie qu’elle est ; car sans vouloir, en effet, vous conter bagatelle, ce jour fût par ailleurs propice à la rencontre – ce à quoi, je subodore, vous ne pouvez prétendre – et, sachez-le, d’honnête compagnie.
Car ce ne furent pas moins de quatre personnages, lesquels étaient si affables qu’à vous-mêmes ils n’eussent manqué de seoir, qu’il me prit d’apercevoir ; je n’oserais vous cacher avec quelle soudaineté ils m’apparurent, puisque ces drôles s’étaient attroupés aux clairières, bien que fort à l’écart de nos jardins, où siègent encore les ruines des murs, où les geôles jadis furent bâties de pierre, aux frontières de notre lopin ! Et lorsque j’entrepris de le leur rapporter, je ne pus contenir ma curiosité ; ce qui vous eût pu plaire était dans leurs manières, qui n’étaient autres que d’épéistes hors pairs. Certes je vous eus vu autrement plus adroit, eux n’ayant point d’écu, mais des lances de bois ; vous eûtes eu plaisir de ces légèretés à voir ces pauvres sires gauches s’agiter ! Je m’enquis de connaître ce qu’il en pouvait être du nom de ces hardis ; saviez-vous, mon ami, qu’ils sont dits « troubadours » ?

Etaient-ils donc de ceux qui distrayaient la cour ? Mon cher, ne sont point gueux qui à mener un tour de parade et de passe y vont négligemment, car ces gens, point de sang n’y ont laissé la trace.

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MessageSujet: Re: Les laisses innutritives   Mar 24 Mai - 9:51

Orglen, 1er de Yondallème 3**


Ainsi, ma belle amie, cela serait d’audace
Dont, niant vilenie, vous me jetteriez tort
Quand quelques jours plus tôt vous me fîtes la grâce
D’un tout autre défaut, et plus vilain encore…
De votre compagnie je n’ai rien à envier,
Ma seule jalousie, si le ciel l’eût pu voir,
Envers quatre marauds que l’estime a foulés
Fût de manquer de mots plaisants de votre part,
Et que vienne à me seoir un soupir où paraisse
Le désarroi de voir languir votre requête,
A l’attroupée bénigne, y jouerais de l’adresse
Si qu’est assez badine, en serez satisfaite.
Et qu’enfin cette audace, à vos yeux fasse sens,
Faut-il que je la place en un aimable usage
Pour qu’il vous soit bien dit que l’affable langage
Sera toujours bien pis que ce que l’on en pense.

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MessageSujet: Re: Les laisses innutritives   Mar 24 Mai - 9:51

Bon sire, vous osez donc, négligeant toute valeur, prétendre donner raison, et avec quelle rigueur ! Je vous eus cru bien plus digne de considération, tant à vous montrer courtois qu’à juger mes relations. Sachez que déjà les signes d’une humeur arrogante servent mon désarroi aux delà de vos attentes, et plus décevant encore avez-vous pris grand soin d’être en songeant au corps à corps avec nos hôtes champêtres ! L’estime que vous ôtez à quiconque nous visite, au centuple lui rendez, votre phrase à peine écrite ; car sachez que leurs manières valent plus que les vôtres, et ce qui me doit complaire me vient, certes, des autres. Dès lors, sire, eussiez-vous gré d’agréer mes inclinations, si vous ne m’y exhortez, ayez donc la correction de les vouloir observer ; comme aussi je m’y adonne, vous auriez à apprendre, en tant qu’aimable personne, sans davantage attendre des usages de ces accommodants visiteurs : ils enseignent, en effet, des choses intéressantes, et en galants serviteurs – ce qui, pour qui a rancœur, n’est point pratique patente -, des arts de loin plus utiles que la moindre habitude d’une fille au château, que l’on croit garder de maux dont l’intérêt pour l’étude offre l’accès à des biens que mille loisirs futiles n’égaleraient en rien.

Si vous me devez, messire, répondre de remontrances, veuillez, plutôt que d’écrire, m’épargner votre présence.

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MessageSujet: Re: Les laisses innutritives   Mar 24 Mai - 9:52

Combien j’entends, ma belle dame, que mon absence vous sied,
M’eussiez-vous mille fois à vous, que pourrais-je savoir défier,
De rien de ce qui vous tient joug ? Vous vous plaisez du jeu de qui
Se pâme de ce qu’il acclame lorsque ce travers l’a pris.
Voici donc avec quel usage il m’est accordé d’observer
Les vanités de vos lubies, dont je garde l’aménité
De n’en point nommer gueuseries, de par le respect qui est du
A la gent de votre ménage, ce que vous eussiez perdu.
Et je redoute malgré vous, à force d’informes métiers,
D’écoper graisse du chaudron, ou paille d’énorme souliers,
Qu’il vous vienne blessure dont le souvenir sera garant
Et de celui de votre époux, et de celui de votre rang.
Et ce serait bien volontiers que je vous désobéirais
Pour accéder au titre d’hôte et visiteur qui n’a secret :
Si qu’aux manants estime j’ôte, et comme vous je le présume,
Je ne le dois qu’à mon épée, sans en rendre compte à la plume.

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MessageSujet: Re: Les laisses innutritives   Mar 24 Mai - 9:52

DEMOISELLE : Chevalier, que me vaut donc l’annonce de votre nom ?
Sans vous attendre plus tôt, j’eus songé que…

CHEVALIER : Loin s’en faut !
Je m’en viens mettre à bas cette frivolité
Où votre amour pour moi n’aura point hésité !
Et j’en suis marri puisqu’au lieu de son seigneur
Elle a pour mari vice, entre eux ma mie balance,
Si qu’un joug d’avarice a su m’avoir son cœur
Il faut que je jouisse aussi d’avoir son sens !
Ma dame, les caprices dont vous fîtes preuve
Ne sont que les prémisses du triste destin
Des va-nu-pieds, tandis que votre soif abreuve
La leur, quoiqu’ils vous fissent, je ne m’y fie point !

DEMOISELLE : Seigneur, indiquez-moi par quelle effronterie
Vous oseriez prétendre telle vilenie
De la part de ces gens, dont par quelque transport
Vous éprouvez la foi d’être à ce point retors !
M’est avis que le ton rustre de vos paroles
N’a loisir qu’à séduire votre outrecuidance
D’une cour seyante à, pour l’époux le plus fol,
Blesser sa dame ou la honnir de sa présence.
S’il n’est usage où vous oseriez prendre honte
A paraître céans, de lointaine contrée,
Lors c’est le pire dont vous m’eûtes fait le conte
Et guerroyant là hors, vous eûtes pu rester !

CHEVALIER : Si fait ! Que n’est-ce point aimable invitation ?
Quoique l’on m’y conviât, j’en avais l’intention !
Car la vive âpreté de vos lettres, ma dame,
Fût l’affûteur fieffé pour affiler ma lame !
Je vous ramènerai, quoiqu’en coûte, ma mie,
D’ores à la raison, et même en mon pays !
Mais il m’incombe de ne vous point malmener,
Fourvoyée que vous êtes, sans qu’eus débusqué
Ces fistuleux faquins à la fougue félonne,
Qui fût vôtre, fussiez-vous le diable en personne !

DEMOISELLE (tout en élevant le ton, retourne l’accusation) :
C’est sur pareilles paroles que vous me destinez
A vous accorder créance, et me joindre à vos côtés ?
Si j’eus pu échauffer votre fourreau, nulle harangue
Eût mieux excité le fil qui aiguisa votre langue !
Qu’il me soit donné que j’eusse, serait-ce que la moindre
Once de votre impudence, alors fi ! M’en irais poindre
Volontiers tous nos convives qui, aux odieux blasphèmes
Dont vous les souillez, viendront pour répondre par eux-mêmes !

CHEVALIER (tirant l’épée du fourreau, sans plus retenir ses mots) :
Serait-ce donc un défi qui m’échoit en votre nom ?
Combien dus-je vous mettre en garde de telle rançon,
Dès lors que vous fîtes don d’attention à des félons
Dont vous ne craignez l’affront de les nommer « compagnons » ?
Si ma parole à raison, tant que mon estramaçon,
Doivent à vous comme aux autres donner une leçon,
J’en serai quitte et vous pourrez me demander pardon !

DEMOISELLE (dans une cruauté feinte, en s’approchant de la pointe) :
Si honte m’eut été faite de commettre forfait
Tel que j’eusse pu conserver pour vous quelque respect,
Lors il me faudra admettre que vous disiez le vrai
Quand vous me voyiez le diable, et pour répondre à vos souhaits,
L’un de nous pour l’intérêt de l’autre le suivra, mais
Que le diable entière m’ait, car je vous emporterai !

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MessageSujet: Re: Les laisses innutritives   Mar 24 Mai - 9:58

-« Ma dame, destinez donc vos blasphèmes à ceux qui demeureront les plus prompts à pâlir de pâmoison, ou en faire piètre fi !

- C’est donc moi qui vous défie ! Car le courroux qui m’habite ne révèle point de malveillance telle que l’insidieuse arrogance qui est vôtre ! Et si cette odieuse pointe vous rend sourd à mes paroles, il ne me manquera qu’une épée pour vous le faire entendre !

- Et vous attendrez que je manque moi-même à la courtoisie pour m’abaisser à telle infamie !

- Je puis vous assurer qu’il ne vous en coûtera point ! Car pareille illusion doit être la dernière à laquelle vous prétendiez saisir appui lorsqu’il ne reste usage à bafouer !

- Si c’est là la seule chose dont la grâce doive m’accuser en cette vie, je puis vous avertir, ma dame, que je m’inclinerais à servir vos attentes ; mais que l’estoc aille aux gueux qui siègent céans !

- Pour cela, messire, vous ne saurez trop attendre ; et si au gré de l’envoi, l’estoc alors vous revient, puissiez-vous en éprouver plus grande satisfaction!

- Elle ne pourra égaler le plaisir de vous en savoir inquiétée… »


Dans un élan furieux, la dame se détourne du chevalier, et sans dire mot, disparaît dans les escaliers qui s’ouvrent à l’autre bout de la salle. Le chevalier, le regard luisant des flammes de la rancune dirigé vers la fenêtre, ôte son chapeau, et se débarrasse de son manteau, qu’il dépose délicatement sur le rebord du vitrail.
Puis surveillant avec méfiance le seuil des escaliers, où doivent paraître ses adversaires prêts à engager la joute chevaleresque, il prend soin d’aiguiser le fil de son épée, tel un bourreau à la veille de son office. C’est alors que la dame s’en revient.


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MessageSujet: Re: Les laisses innutritives   Mar 24 Mai - 10:00

Village des Hautes-Plaines
13e de Yondallème 3**



Messire,

Dois-je vous savoir gré d’avoir accepté cette lettre ? Car il ne tient qu’à vous de la lire, si ce n’est de la deviner. N’espérez point de mariage demain ; si les portes de l’église ne vous sont fermées pour le confirmer, alors vous trouverez ma robe étendue sur le lit, dans la chambre que vous pouvez à présent visiter, et condamner aussi. Ou bien enserrez-en donc votre bras, s’il peut encore porter cette fine dentelle ; et puissiez-vous guérir au plut tôt de cette blessure, pour enfin ne plus demeurer à genoux, ce en quoi vous me laissâtes un seul souvenir de vous…
Considérez de la façon qu’il vous plaira ma famille, et les titres qui les accompagnent, le château leur appartient toujours, mais ne m’y cherchez donc point. Peut-être trouverez-vous au moins mes vêtements, qui portent encore des traces, que j’ai laissés près de la porte d’entrée, lorsque vous la franchirez.
Où je suis à présent, je puis vous affirmer que je ne connais ni maître ni visiteur, et comme moi, vous devrez vous en contenter, car on doit se satisfaire non seulement de ce que l’on a, mais notamment de ce que l’on est.

Je vous salue donc, messire, sans l’espoir de vous revoir.


Gweruniell de Crague-Liélie



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