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 L’improbable hymen des honorables feuillets et de l’ignoble jus de pomme-cassis

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Aklatan
Capitaine des Plaines
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Date d'inscription : 04/07/2008
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Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: L’improbable hymen des honorables feuillets et de l’ignoble jus de pomme-cassis    Jeu 25 Nov - 18:55

Que c’est beau, que c’est beau, des papiers et des papiers, des papelards hors des tiroirs, parchemins à portée de main ! Plein d’idées éparpillées sur des feuilles déchirées, des paroles gribouillées, qu’il y en a, mais quelle joie !
En effet, rien de plus beau qu’un tas de feuillets rempli tout plein d’idées en attente ! Dans une autre mesure, un bon verre de jus de fruit est tout aussi beau… Mais les deux ne vont guère ensemble !
Ainsi se résumait le cheval de bataille qui occupait le champ de travail d’un corniaud.

Lorsque les gribouillages empilés susurraient en tous sens leurs habituelles mélodies d’impatience – ça ressemblait un peu à « On-a-faim ! On-a-faim ! On-a-faim !... » - le doux breuvage disait doucement du fond de sa liqueur sanguine «… » : eh oui, quand on va boire un verre en cinq portions pour le laver ensuite, il n’y a pas de quoi faire toute une histoire.
C’est exactement le problème qui s’est posé – « de lui-même », allons-y hardiment, qu’on se pavane la trique – puisqu’il ne s’est pas bien fait remarqué jusqu’à sa dernière heure. Le pauvre, il n’avait rien fait en plus… Mais non que quoi mais oh, ce n’est pas lui qui est à plaindre !
Car dans ces airs paisibles entre les poussins grognards parcheminés et le silencieux cristallin, le corniaud a su sans s’en rendre compte créer une discorde sans pareille dans la dernière chose qu’il aurait fallu marier. Et croyez-moi, ce n’est ni l’eau et le feu, ni Aklatan et quelqu’un !

Car dans un geste incontrôlé qui dissocie en un rien de temps la personne responsable du corniaud, j’ai nommé le corniaud, a réalisé – que dis-je ? A maculé de l’ignoble – l’impossible du mélange des feuilles de notes avec le jus de pomme-cassis !
Alors que le breuvage pourpre s’écoulait sur toute la surface de la pile, en se vidant jusqu’à la moindre gorgée, pour s’étendre semblait-il avec le délice du ravage, comme dans un transat, les papiers commençaient leur râle d’agonie plaintif : « Gaaah ! Espèce de pignouf ! Je souffre, je me noie, je meurs… »
Bien entendu, on n’attendait qu’une réaction, de loin la plus judicieuse, de la part du corniaud ; elle ne se fit pas attendre !
« Bon. Ne panique pas. »
« Hahahargl… Elle est bonne, celle-là ! Il se parle à lui-même ce rejeton de balpoufflard ! Heurk… » S’écriaient les paperasses avec cynisme. Et tandis qu’ils achevaient de se remplir de poison, le corniaud eût la bêtise de revenir avec une éponge !
Mais qu’est-ce donc que cela ? Le breuvage s’est arrêter au dernier rivage du bureau ; son flot enfle de la tentation de se jeter dans le vide de la liberté, et de ruisseler sur la moindre parcelle qui dessinerait son chemin vertical. Pour le coup, le corniaud n’aurait pu leur tendre plus grande perche. Un escalier direct vers la ruine de ses affaires, si l’on peut exagérer. Pourtant rien n’est exagéré dans l’exploit que voici : d’une approche dont la précaution relève du ridicule, le corniaud perça le flot rebondi à même sa surface, de la caresse de son éponge, et put voir s’écouler une splendide et affolante cascade rougeoyante le long du tiroir, chuter dans le vide des crevasses ouverts par les étagères, et rebondir avec grâce à chaque niveau pour arroser le bord des cahiers et des feuilles tranquillement assoupies loin du lieu du désastre. Grossière erreur ! On n’échappe pas à la niaiserie du corniaud lorsqu’il approche de la spirale vicieuse qui doit mettre son abrutissement à l’épreuve !

Qu’elles furent pathétiques, les supplications des papiers anéantis, trempés dans la salive infecte de la fatalité ! Ils hurlaient de désespoir en s’adressant au corniaud, qui soufflait encore et encore sur chacune pour en sécher le papier prêt à rendre l’âme : « Aaaah ! C’en est trop ! Nourris-moi ! Rédige-moi ! Ou bien jette-moi ! »

Mais le corniaud ne voulait pas les abandonner. Pas maintenant. Il fallait qu’ils restent avec lui, tu m’entends ? Il le fallait !
Ils furent suavement étendus de le linceul du torchon et des draps, et voyagèrent dans les sillons tortueux qui sépare la vie et la mort, l’impression sauvée ou la disparition, le séchage ou l’évaporation.
Mais bien heureux fut leur sort, malgré les tâches cicatrisantes et les froissements immuables, pour certains de regrettables effacements de l’encre, car une constitution robuste faite de crayon à papier, ainsi qu’un soutien mutuel entre pages superposées, leur permit de recouvrer une santé décente, même vigoureuse !

Le corniaud, qui était moins à plaindre qu’à blâmer, tira malgré tout une juste morale de cette aventure, qui l’engage à traiter ses notes avec les meilleurs égards en leur offrant la protection divine du tiroir… et à ne plus jamais faire confiance à un verre de jus de pomme-cassis ailleurs que sur une table à manger !

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