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 Wirdobserval aux yeux pers

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Aklatan
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Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: Wirdobserval aux yeux pers   Jeu 18 Nov - 19:50

Wirdobserval était un type comme les autres : anodin ; il mourut de manière anodine et vécut presque de la même façon. Pour ce qui était du reste, Wirdobserval était volontiers considéré comme excentrique, éminemment reconnu comme bizarre, et il passait bien entendu pour fou ; je vous en prie ! Bien qu’il n’était ni vieux ni fou, il y avait déjà trop de vieux fous à dévisager avec la vulgaire désinvolture de ceux qui aiment à être anodin ; mais quel rival de l’œillade que celui-là ! En effet, nul ne pouvait mieux dévisager que Wirdobserval.
Car il apprenait à apprécier la vie comme elle méritait de l’être, c’est-à-dire du mieux qu’il pouvait, il la parcourait à sa façon, de long en large, du haut jusqu’en bas, de l’entrée au dessert – et ce ne sera rien de le dire – ainsi Wirdobserval regardait tout.
Peut-être ne voyait-il pas tout dans son absolu - ce serait bien déplacé de sa part, semblerait-il d’ailleurs – mais il regardait tout, et c’était la moindre des choses pour qui voulait voir ! Car il voulait tout voir ! Toute la vie, tout le temps en tout lieu ; voici de quoi résumer sa vision des choses, mais cela il est très maladroit de l’affirmer : qui pourrait mieux regarder et voir que Wirdobserval ? Certainement pas quelqu’un anodin… et encore moins quelqu’un de plus anodin que lui !
Et pourtant, si on le considérait comme excentrique, pourquoi pas bizarre, et même fou, s’il vous plaît, ce n’était pas tant pour sa pratique que pour la pratique de sa pratique ! Voyons-y plus clair - cela ne pourra jamais l’être assez à son sujet, évidemment – pour pouvoir tout regarder, Wirdobserval ne fermait pas l’œil, ni même l’autre, il ne dormait pas ; sans dormir jamais il voyait toujours ! C’était là le compromis le plus juste et le plus anodin qui soit, quoi de plus naturel pour un type comme Wirdobserval…

Ainsi, de jour comme de nuit, c’était avec un sourire radieux et avisé qu’il regardait partout autour de lui, dans la sécheresse d’Estuail comme sous les tempêtes de Broil. Mais il ne s’en portait pas mal pour autant ! Chaque jour et chaque nuit semblait accroître son enthousiasme de regarder le monde et la vie.
Il n’était pas non plus un mendiant oisif qui traînassait en offrant ses yeux cernés à la population, qui le dévisageait du mieux qu’elle pouvait tant il était anodin, au contraire il était souvent aux premières loges lorsque son talent était mis en jeu : lorsque les silhouettes de tonnerre apparaissaient dans le ciel pour peindre le présage, il était témoin ! Lorsque le loup s’immisçait à pas feutrés dans l’enclos pour emporter les pauvres moutons, il était témoin ! Lorsque la femme du charpentier trompait son mari avec le fils du berger, il était témoin aussi ! Et le premier informé ! Et au grand jamais cette activité n’apparaissait déplacée, en de telles circonstances les bouches restaient muettes et les mains se frottaient gentiment en reposant leur confiance sur ce gentil petit insomniaque dépravé de voyeur qui remplacerait les gardes de rondes ce soir… Ce qu’il n’était pas : c’était un type anodin. Ce qu’il faisait malgré cela : des rondes de nuit ! Et tout le monde était rassuré d’apprendre que les grenouilles avaient replongé deux fois sous la surface de leur mare dans l’étang près de la porte est du village, que la chouette du douzième arbre dans la diagonale du sentier des bois semblait avoir un œil en moins…

Et s’il voyait tant et tant de choses, c’était toujours pour en voir d’autres, ce dont il ne manquait jamais, en n’ayant presque jamais l’occasion de se remémorer ce qu’il avait vu précédemment. Comme un poisson anodin dans faisant des tours dans son bocal, chaque vision était nouvelle, chaque regard une découverte.
Alors bien sûr que Wirdobserval aurait eu toutes les chances de figurer sur le Registre du Pire, où nombre de records mémorables étaient répertoriés à travers les siècles dans le pays, mais le titre de la plus longue période d’éveil resta à un autre individu, un Troubadour nommé Gribok qui avait le sens du jeu, car Wirdobserval était quelque peu plus jeune que lui … C’est pourquoi, lorsqu’il mourût après avoir fait éclater un œuf dans une casserole, qu’il avait fait cuire trop longtemps, et dont les éclats percutèrent ses yeux, il hérita plutôt du titre de « La mort dont le ridicule de l’incongruité demeurera la plus pitoyable ». Et pour des gens aussi anodins que lui, qui tentèrent de le dévisager autant qu’il pouvait le faire, c’est tout de même une performance qui mérite d’être saluée.

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