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 L'aller sans retour du hoplite

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Aklatan
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Date d'inscription : 04/07/2008
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Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: L'aller sans retour du hoplite   Sam 13 Nov - 17:42

Dans un trou vivait un hoplite. Bien que ce nom ait perdu toute signification depuis bien longtemps, le jeune hoplite menait toujours hardiment bataille contre confiseries, gâteaux, petits déjeuners, festins bien garnis, goûters, dîners, soupers…
Mais ce trou était un trou confortable, car les hoplites aiment le confort, qu’il s’agisse de trancher la bonne chère ou de chevaucher lestement des fauteuils sans fond ainsi que des canapés soyeux. Ce trou se trouvait sous terre, sous la colline : une petite colline ; qui satisfaisait cependant le hoplite dans son habitat exigu malgré ses nombreuses pièces.

C’est en prenant le thé (agrémenté de crème et de tartes aux myrtilles, vous pouvez comté la dessus), qu’on vint frapper à la porte de son trou. C’était un nain. Fidèle à une courtoisie pleine d’inclination, il ne manqua pas d’inviter son visiteur à prendre le thé avec lui. Ou plutôt ses visiteurs : une bonne vingtaine de nains suivirent le premier, et tous s’installèrent dans le salon du hoplite pour festoyer. Malgré la bonne volonté du hoplite, sa générosité commençait quelque peu à s’ébranler, à force d’ouvrir et de fermer sa porte indéfiniment pour des gens qui venaient piller son garde-manger. Le dernier visiteur n’eût guère le temps d’entrer, puisque le hoplite excédé lui décocha un sévère coup de couteau à beurre dans l’œil ; et le hoplite méritait bien son nom : qui aurait cru une créature de si petite taille capable de s’élancer à hauteur de visage d’un géant. C’était un vieux con qui fermait la marche avec son manteau de mage poussiéreux, un chapeau déchiré et un vieux bâton de marche… De toute façon il aurait fait des saletés partout ; le hoplite craignait moins les gerbes de sang qu’il répandit sur le tapis plutôt que les caillots de terre innombrables qu’il risquait d’étaler sur son parquet ciré. Pour ne pas gâcher, il récupéra la robe pour couvrir son divan, le chapeau pour habiller son épouvantail, le bâton pour remplir la cheminée… et une petite baguette difforme et toute moche, qu’il garda pour jouer au sourcier.

Afin de remercier leur hôte de leur avoir servi un gâteau au thé si délicieux, ainsi qu’une recette de démêlant pour la barbe révolutionnaire – le hoplite fabriquait des produits miracles pour le soin de l’épiderme ; en effet à défaut d’avoir une barbe, sa famille héritait de bouquets de nœuds charmant dans les bois feuillus de leurs derrières florifères – ils chantèrent une ode envoutante dans l’ombre du crépuscule. Le hoplite les applaudit avec ferveur, en réclamant : « Encore ». Satisfait de voir leur ruse opérer, les nains entonnèrent une autre chanson, qu’ils cessèrent aussitôt que le chef des nains, Taurine, ne s’empare discrètement d’un couteau (les couteaux à beurre s’avèrent d’une efficacité redoutable dans cette région : on ne plaisante pas avec les laitages) pour couper une corde de sa harpe (instrument de musiques à vibrations abdominales dont la manivelle enclenche un marteau rythmique sur un carillon polyphonique en balance) et se délecter du désarroi du hoplite :
« Oh, quel dommage ! Ne pouvez-vous point finir la chanson malgré cela ?
- Nous le pourrions, mais il faudrait aller récupérer une corde du même calibre. Elle se trouve avec notre trésor, dans notre royaume sous la montagne ! » expliqua Taurine.
« Est-ce que c’est plus loin que la barrière de mon jardin ? » demanda l’hoplite.
« Certes, non ! Mais il faudra partir à l’aube pour l’atteindre, sans quoi nous ne pourrons pas continuer à chanter ! »

L’hoplite se réveilla dans la clarté douce d’une matinée mûrissante. Il se doutait qu’il était tard déjà, et que les nains lui avaient donné rendez-vous à l’auberge du Gradon Brert à l’aube. Mais il s’enroula dans ses draps pour dormir encore un bon moment, rien que pour les mettre en retard.

Le hoplite fût bien embarrassé de quitter son trou rempli de gâteaux et de fauteuils confortables pour s’éloigner vers des chemins austères où le tonnerre menaçait au-dessus de leurs têtes. Pour pallier à ce changement d’habitude, il prit soin de se nourrir abondamment des provisions qu’ils avaient rassemblées, car comme on dit : « c’est pour la route ! ».
Il ne devait pas y avoir beaucoup de nourriture, puisqu’il n’y en avait plus quand il eût fini de tout manger ! Le hoplite fût bien pris au dépourvu.

S’ensuivirent alors des événements fort désagréables ; le premier étant l’annonce tardive de Taurine à propos d’un certain gros vers qui garderait leur pognon et les cordes de harpes sous la montagne.
Si il s’agissait là d’une aventure, ou alors, allons-y pour la pédanterie pompeuse, d’une épopée ! Et bien elle commençait mal !
Car, alors que le groupe commençait ressentir les étreintes (gastriques, évidemment) fort désagréables de la faim (sauf le hoplite qui attendait la fin, c'est à dire le dessert), ils furent attirés par un suave effluve de mouton rôti qui embaumait l’air nocturne. En s’aventurant dans les bois qui s’élevaient sur la colline, le hoplite découvrit trois trolls énormes qui se préparaient à se taper une bonne brochette de bêlant laineux (admirez la délicatesse de la périphrase ; c’est Taurine qui a eu l’idée, mais c’était en parlant de lui-même en crevant la dalle ; et ce n’est pas rien de le dire en découvrant la suite), assis autour d’un feu de camp.
Le hoplite n’hésita pas un instant à se joindre à eux, et quand les colosses alléchés par les racontars de leur visiteurs lui demandèrent si les nains étaient toujours avec lui, il leur répondit qu’il s’en allait les chercher pour leur présenter.
Il s’enfuit du mieux qu’il put avec Taurine et les membres du groupe qui ne s’étaient pas faits jeter dans des sacs puants pour être enfoncés sur la broche des trolls.

Il faut avouer que l’ambiance n’en était pas meilleure par la suite. N plus il pleuvait, et l’herbe était sèche aux alentours de la montagne.
Après une longue marche dans les cols périlleux des flancs rocheux, ils firent une halte pour la nuit dans une caverne. La chance n’était pas non plus au rendez-vous, puisqu’il sembla que la paroi du fond de la caverne s’ouvrit en une fissure d’où débaroulèrent une flopée de gobelins qui eurent le temps d’emmener leurs montures et leurs affaires, ainsi que quelques compagnons, avant que le reste de la troupe de ne se réveille. Ereintés par ces péripéties affligeantes et le manque de gâteau à la crème, ils décidèrent de lever le camp aussitôt et de continuer la route avant de se faire dépouiller davantage de barbus… Surtout par des gobelins sanguinaires.

C’est en reprenant la route que le hoplite regretta de ne pas porter d’anneau doré à son doigt frigorifié. Cela aurait été d’un grand secours, mais tant pis. De toute façon il n’avait aucun talent pour les énigmes.

En s’approchant des bois où habitaient les elfes, ils renoncèrent à traverser la rivière, au-delà de laquelle les mélodies des harpes et les chants elfiques résonnaient. Taurine engagea ses compagnon à emprunter un autre chemin, en déclarant de pas supporter l’eau, alors que la vérité était qu’il ne voulait pas se ridiculiser devant de telles gens qui avaient de belles cordes de harpes neuves.
Ils suivirent donc les chemins forestiers, et s’engouffrèrent dans une forêt qui s’avérait de plus en plus sombre, et des plus impénétrables au fur et à mesure qu’ils progressaient.
Des formes étranges commençaient à se mouvoir autour d’eux dans la pénombre. Et des araignées grosses comme des araignées géantes tendaient leur piège silencieux autour du groupe. Alors que les bêtes grimaçantes s’approchaient pour fondre sur leurs proies, le hoplite se déchaussa pour s’armer de son chausson de hoplite (en feutre rembourré, à fine semelle de cuir !), qu’il pointa vers les assaillants de part et d’autre du chemin.
« Arrière ! Ou je vous écrase avec mon chausson ! » Une lueur d’effroi traversa les araignées, qui gardaient tous en mémoire d’affreux épisodes où elles s’étaient aventurées dans certaines salles de bain. Elles s’écartèrent avec défiance, jusqu’à ce que les nains et le hoplite parviennent à un cours d’eau. L’eau était noire ! Mais malgré l’obscurité, ils s’en aperçurent tout de même, et se résolurent à le franchir !
Les araignées suivant leur trace au loin, secrètement tapies dans les ombres de la forêt, entendirent sonner leur victoire : si ils voulaient traverser le hoplite était obliger de remettre son chausson, sinon il attraperait froid !
Alors le hoplite fut frappé par une savante idée. Il se déshabilla – créant à l’occasion un cercle de vêtements nauséabonds autour du groupe, gardant à distance les rôdeurs – et emprunta l’épée de Taurine pour se raser entièrement. Du poitrail à l’anus, des grelots aux orteils.
Il utilisa les baluchons vides des membres du groupe pour entasser les poils (tache difficile car il commencèrent à manquer de sac, malgré tout), puis il les vida un à un, ce qui prit du temps, dans le ruisseau, jusqu’à obstruer le courant par une masse compacte de poils mêlée à la vase. Un petit pont de fourrure se forma sur le courant immobilisé, et tous, y compris le hoplite déchaussé, traversèrent sur ce sentier soyeux et gras.

Vint un soir où ils durent se partager le dernier morceau d’ours géant (car ils avaient rencontré un vieux type qui pouvaient se changer en ours. Il avait beau faire le malin, il n’a rien pu faire contre une poignée de nains et un hoplite affamés) ; malheureusement il avait un goût amer de putréfaction.
Ce fût avec un sacré poids sur l’estomac qu’ils sortirent de la forêt… Mais ils n’étaient guère au bout de leurs peines, puisqu’ils firent une nouvelle rencontre inattendue à l’orée des bois.
Des elfes en vêtements scintillants les découvrirent, pâles et faiblards, se traîner sur leurs maigres jambes sur leurs terres. Ils les apostrophèrent avec sévérité :
« Vous, petits peuples mal rasés…
- Non, Laéliolinawaëliane, regarde celui-ci, il est parfaitement épilé !
- Oh ! Mais il est vrai que malgré vos mines hagardes et verdâtres, votre peau suintante et votre haleine de gobelin, votre chef est un gaillard fort séduisant ! Allons, mes amis, venez donc vous restaurer chez nous !
- Et vous laver !
- Oui, sans déconner, parce que ça pue… »

Dans les demeures grandioses des elfes, en leur royaume plein de délices, ils récupérèrent la graisse de leurs ventre lâchement égarée, et après un plusieurs mois de bonne chère, de bonne musique, et de jolies petites elfes à visiter sous le baldaquin, ils décidèrent de reprendre la route, couverts des présents de leurs hôtes. En effets, ceux-ci leurs avaient offerts les breuvages leurs plus exquis en matières de vin, de cervoise et d’hydromel, et sur leur demande, la cargaison se retrouva rapidement fort pesante : une bonne quarantaine d’énormes tonneaux à trimballer !
Taurine songea qu’il valait mieux prendre la route vers un lieu propice à leur consommation sans porter trop longtemps ces cadeaux appétissants. Les elfes emplis d’une ardeur inébranlable n’y virent pas le moindre obstacle :
« Aucun problème, mes amis ! Il y a une porte d’eau qui utilise la rivière pour évacuer nos déjections gracieuses et scintillantes, juste en dessous, vous n’avez qu’à l’utiliser en emportant ces tonneaux ! »

Ce fut donc dans l’euphorie la plus scandaleuse qu’un groupe de nains, accompagné d’un hoplite, s’élancèrent en s’allongeant sur le lit de la rivière… Chacun sur un tonneau plus gros de lui !
Dans ce paisible voyage au fil de l’eau, Taurine ne se trouva d’autre occupation de railler la logique du hoplite qui envisageait davantage de s’enfermer dans des tonneaux. Mais le fait était que Taurine considérait qu’un tonneau vide n’était pas un tonneau. Le hoplite le traita de barrique.

La rivière vint à se jeter dans une étendue considérablement plus grande. Il fut confirmé qu’ils avaient vogué sur l’onde d’un lac en accostant sur la ville qui s’élevait au beau milieu de l’eau ; elle s’appelait : La-ville-qui-s’amuse-à-récupérer-les-tonneaux-qui-flottent-sur-l’eau ; ainsi aucune hésitation n’était possible.
Ils furent chaleureusement accueillis, avec une telle cargaison à disposition, c’était la moindre des choses ! Et puis un gnome complètement imberbe aux côtés d’un nain dont le nom faisait marrer tout le monde, qui menaient une troupe de pèlerins perdus sur des barrels flottants… C’aurait été bien dommage de s’en passer, notamment à cause de ce gros vers qui vocifère au loin dans la montagne.
« Le gros vers, dites-vous ?
- Comme je vous dis ! Il semble être en train de se réveiller ; et depuis qu’il est là, il est exclus de faire le moindre boucan. Vous rendez-vous compte ? On ne plus siffler une note de musique en jouant quelques tonneaux ! »

Evidemment, autant pour le groupe que pour les habitants de la ville, il était clair que ça n’allait pas se passer comme ça. Prenant leur angoisse à deux mains, il furent jetés dans des barques pour glisser lentement vers la montagne, qui n’était pas si engageante que la colline où habitait le hoplite. Cela dit, en creusant un peu dessous, il y avait certainement de quoi bâtir un salon très accueillant.
En arrivant au pied de la montagne, les nains reconnurent la grande porte de leur immense demeure. Néanmoins ils renoncèrent à emprunter cette entrée car le sol comme les murs étaient recouverts d’une couche gluante et nauséabonde : des filets séchés s’entrecroisaient de part et d’autre, dans un spectacle à décourager le dieu des balais-brosses.
Taurine mena le groupe vers une porte dérobée et escarpée, un peu plus haut contre le flanc de la montagne ; sans doute était-il le seul à connaître cette issue, qu’il avait lui-même creusé pour ses aventures nocturnes, pour n’éveiller ni soupçons ni compagnons lorsqu’il…
C’était à peu de choses près la même odeur qui régnait dans le petit tunnel qui traversait la pierre. Il était évident que le monstre qui habitait les lieux avait attribué la même fonction que Taurine à ce passage caché, mais celui-là devait sans doute se livrer à des aventures sans même sortir de la montagne.

Le hoplite fût désigné pour ramper dans cette cavité sombre, où bien des matières étranges patinaient la pierre ; en effet il lui était aisé de ramper grâce à la douceur de sa peau fraîchement épilée par les elfes (car c’était ça, ou bien les elfes les jetaient dehors d’un coup de pied hygiénique).
Ainsi il progressa dans le tunnel jusqu’à entrevoir un escalier discret : il menait à un vaste espace, si ample que chaque pas agile retentissait en faible écho dans cette caverne obscure.
Lorsqu’il arriva enfin sur le sol ferme après la dernière marche, il tâtonna dans le noir pour y chercher des indices du trésor, en prenant garde à ce qui pouvait se terrer là…
« Surpriiiiiiise ! » gronda une voix tonitruante en résonnant dans toute la caverne. Des milliers de torches s’enflammèrent instantanément à cette parole pleine d’acclamations, laissant découvrir toute l’immensité du trou sous la montagne, dans lequel un énorme trésor était amassé en un monticule gigantesque d’or et de pierreries, de cordes d’instruments de musiques, de cordes de marins, de cordes vocales, de cors de chasse… Mais qui avait hurlé ?
Au centre de ce tas de butin multicolore se tenait un gros verre. Un énorme ciselé dont les parois étaient imprégnées de pierres précieuses ! Le gros verre arborait une mine stupéfaite devant le hoplite hagard. Ils échangèrent quelques paroles courtoises :
« Mais, vous n’êtes pas un vers !
- Et vous n’êtes pas le grand tonneau ! » répondit le verre.
Alors le grand verre commença à pleurer, tant il était attristé de cette rencontre incongrue ; le hoplite essaya tant bien que mal de le réconforter :
« Allons, ne pleure pas ainsi, ou tu vas te remplir d’eau ! Sais-tu que je peux trouver une solution à ton problème ? »
Le verre, qui était enfermé sous la montagne depuis bien longtemps, avait beaucoup pleuré sa solitude ; il fut ravi d’entendre la proposition du hoplite, qui prépara une stratégie rusée. Plutôt que d’appeler les nains à le rejoindre par le tunnel poisseux – de toute façon, aucun n’était partant pour pénétrer dans cette « saillie puante » - il leur demanda d’emporter les tonneaux depuis la ville pour les faire rouler jusqu’à eux dans le tunnel. Les habitants de la ville cédèrent plus rapidement que les nains indignés, paniqués par les nouvelles pleurs du monstre de la montagne, qui paraissaient vraiment effrayantes, de loin.
Les tonneaux glissèrent le long du tunnel, et déambulèrent dans l’étroit escalier pour s’arrêter jusque dans la salle centrale. Quelle n’était pas la joie du gros verre en découvrant tant de tonneaux, fort petits pour lui mais fort nombreux, pleins de délicieux nectars !
Alors le gros verre se remplit de toutes les boissons qu’ils offraient, et invita le hoplite à boire généreusement à son bord. Jamais il n’avait bu dans si beau et si grand récipient !
Il ne résista pas à l’envie de séjourner en ce paisible endroit avec si bon compagnon encore quelques temps, ainsi il resta tranquillement blottis sous la montagne durant… un certain temps.

Par ailleurs, les nains commençaient à s’impatienter. Alors que le hoplite restait muets à leurs appels du haut du tunnel, et sachant leurs précieux tonneaux enfoncés sous la terre sans voir la lumière, ils se résignèrent à descendre. Avec toute la force de leur volonté, ils formèrent une ligne… Et ils creusèrent un deuxième tunnel, qui dans tous les cas, serait plus propre moins gras que le premier.
Le choc ne fut pas bénin lors de leur atterrissage dans la salle centrale, car là où ils avaient creusé, il n’y avait pas d’escalier, alors Taurine s’écria donc avec fureur :
« Qui est le corniaud qui a oublié de creuser l’escalier ?
« C’est moi ! » hurla le hoplite, bien que sa réponse n’ait aucun rapport avec la question. « Et vous ne toucherez pas à mon verre ! » Les nains comprirent la trahison de leur compagnon : il avait décidé de garder les tonneaux pour lui, et dans un gros verre !
En proie à la rage et au désespoir, ils lancèrent des cris d’amertume, puis ils lancèrent des pièces d’or qu’ils trouvaient sur leur passage pour lapider l’objet de leur mépris, puis, pour écourter le ridicule qui commençait à peser sur leur groupe, ils chargèrent sur le hoplite.
Ce dernier, désarmé, recula avec panique, et fouilla ses poches dans une affreuse confusion. C’est alors qu’il dégotta un bâton tout moche qui dormait depuis quelques temps déjà au fond de la poche de son pantalon ; il le savait car la baguette dégageait une odeur d’urine. Il menaça vindicativement les nains avec la baguette difforme ! Mais l’objet semblait à moitié pourri et obsolète depuis longtemps. Les assaillants s’arrêtèrent aussitôt, et indignés de plus belle, ils déclarèrent que face à un hoplite armé, ce n’était pas du jeu, qu’ils désiraient un procès équitable, ainsi que des draps propres et des tartes à la myrtille, qui ne vaudront cependant jamais les marbrés à la cannelle.

Ils s’en allèrent porter plainte aux habitants de La-ville-qui-s’amuse-à-récupérer-les-tonneaux-qui-flottent-sur-l’eau en leur demandant leur aide contre le méchant hoplite qui gardait un gros verre et toute la boisson qu’il avait volé.
Mais les habitants réclamèrent à leur tour une contre partie à ce service.
« Nous aussi, on voudrait une partie de la boisson ! »
Pour les nains, c’était évidemment hors de question ! Commencèrent alors des échanges de paroles instables et virulents entre nains et habitants, les nains disant qu’ils n’avaient pas besoin de leurs archers chefs de la garde qui savent tirer sur les oiseaux avec des grosses flèches toutes noires, les autres déclarant que si les nains voulaient faire du chantage, ils se débrouilleraient tout seuls pour chanter leurs hymnes désaccordés avec un gros vers qui pleure mais qui boit, enfin d’après ce que chacun sembla comprendre de la situation.

Après tout, il n’y avait pas deux solutions lorsqu’un gros verre gardait le contenu de trente tonneaux pour lui avec un hoplite armé d’une baguette moisie (c’aurait pu être du pain, la situation n’en aurait pas été grandement changée) : soit chacun rebroussait chemin, soit la guerre était déclarée !

Le choix fut difficile, mais une solution aboutit.
« Trois nains avec Bon-bout, trois avec Wi-fi, et trois autres avec moi ! » lança Taurine, appelant aux armes.
Et les trois armées s’élancèrent à l’assaut de la montagne, avec la vigueur de la vengeance. En fait, il y en eut trois début de l’attaque, mais les deux trios qui fermaient la marche durent faire face à l’escadron en arme des habitants de la ville envoyé à la prise des tonneaux dans la montagne.
C’est ainsi que la bataille fit rage au pied de la montagne, tandis que les habitants de la ville organisaient un massacre avec deux armées de trois nains, les trio de Taurine s’engouffra dans la montagne jusqu’à la salle centrale, et se confronta au hoplite ainsi que son gros verre.
Le hoplite désemparé agita sa baguette en tous sens, trébucha, et l’énorme tas de richesses dorées sur lequel il se trouvait se transforma en énorme monticule de friandises, de gâteaux, de richesses sucrées ! Deux des nains qui fondaient sur le hoplite glissèrent et s’enfoncèrent dans une faille molle ouverte par une crevasse de crème chantilly, sans doute tombèrent-il jusqu’au toucher le fond, et Taurine parvint, au terme d’une course hardie, à s’élancer jusqu’au bord du gros verre… qui l’avala, pour le noyer dans son contenu.

Le hoplite ne sut pas quand pris fin exactement l’effroyable bataille, mais il ne se souciait guère plus que de demeurer dans cette nouvelle maison, plus grande et mieux fournie que l’ancienne : c’était là son nouveau trou confortable, sous la montagne !

Il ne manqua certes pas de recevoir la visite des quelques combattants restants du bataillon de la ville, c’est-à-dire trois péquenots pelés et essoufflés, qui s’imaginaient mener une noble quête.
Etant donné que le hoplite avait rendu les armes, ne conservant que celles de son gosier, il leur céda sa baguette amorphe, avec tous les bons conseils qu’il jugeait indispensable à son utilisation. Les habitants étaient contents : ils ne revenaient pas bredouilles, sans même un verre gigantesque à trimballer !

Voici donc comment le hoplite, dans son grand trou, chantant tranquillement des chants inachevés, avec son trésor de nourriture et son gros verre inépuisable, devint balourd sous la montagne, en bordure d’un lac d’hypocras !

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