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 Histoire péripétiticienne - 1

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Aklatan
Capitaine des Plaines
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Messages : 483
Date d'inscription : 04/07/2008
Age : 105
Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: Histoire péripétiticienne - 1   Lun 1 Nov - 15:51

C’était en un pays qui n’avait pour frontières
Que celles de la nuit, et aucun planisphère
N’arborait ses vallées, ses forêts et ses monts
Qui jusqu’à leur orée, restaient à l’abandon.
Les plus obscures nuées les avaient recouverts,
Les brumes du Vent Noir descendaient vers ces terres,
La Lune soufflait-elle en de soupirs odieux,
Aucun ne pénétrait les ombres de ces lieux.
A peine pouvait-on, quand eût passé le soir,
Entendre quelque son, des bribes percevoir,
Quand tout était aveugle, on murmurait en chœur
De sourdes harmonies, claironnantes clameurs
Qui se taisaient aux bois, s’en allant les trouver
Mais se riaient des pas qui s’étaient éloignés.
Même les grands chemins s’effaçaient peu à peu
Où seule persistait la braise grise d’yeux
Lugubres s’étiolant, comme un pâle flambeau,
Un visage livide où mourait un falot.
Là où devaient sonner partout d’étranges chants
Des danses dans les prés, des rondes dans les champs
Il y avait un village aux fonds des Hautes-Plaines
Dont malgré le présage, même la pire peine
Toujours demeurait muette, entendant les prémisses
De la marche funeste du dieu Maléfice.
Et près des chemins vides de célébration
Où menaçait dans l’ombre une malédiction,
Des silhouettes occultes se mouvaient au loin,
Dans les champs de boue noire où pourrissait le foin,
Leurs dents de chair immonde vomissaient l’odeur
De leurs difformes corps bouffis tant par l’aigreur
De leur bile flétrie, bouillonnante de froid,
Et les rires amers de leurs énormes voix.
Et au milieu d’entre elles, une raillait les affres
De cette nuit qui vit naitre cette balafre,
Affreuse fresque creuse au frisson de son front,
Et celles de ce soir, dont elle savait le nom,
Car c’était cette histoire qu’elle allait conter,
Entre autres racontars…
« Son cul a éclaté ! » vociféra la pumprune en étouffant son rire. Dans l’ombre glaciale de cette nuit, seuls les échos enjoués de leurs paroles pâteuses fissuraient le silence.
« C’était l’occasion de faire un bon gros festin, pour une fois ! Il y avait des morceaux partout ! Et c’est pas souvent qu’on peut se rabattre sur autre choses que des restes de dépouille, des cailloux verdâtres, ou des gros vers ; qui sont d’ailleurs de plus en plus rares, avec cette boue qui rancit… »
S’il y avait une chose que les citrouilles aimaient davantage que de se rassembler au milieu des champs, c’était de discuter allègrement des songes macabres, et de toutes les cajoleries que pouvait offrir le Vent Noir. Surtout une nuit de célébration des songes macabres ! Si célébration il y avait réellement lieu…
« Tu vas pas te plaindre ! Avec le nouvel épouvantail qu’ils ont planté, on s’est bien gaussé !
- Haha ! Oui, surtout à ronger le mât tour à tour, vous avez vu comme il vacillait sur chaque flanc dans la tourbe ? C’était un coup à lui faire lâcher sa paille moisie comme sur un rafiot ! » S’esclaffaient les ignobles légumes.
« Ca fait combien de temps qu’on s’est pas retrouvés dans ce champs ? » demanda l’une.
- « J’aurais pu voir un même type marcher à quatre pattes et crever pelé, depuis le temps. » répondit l’autre.
- « C’est à cause du temps. » renchérit une troisième.
-« Il est bien noir. » ajouta une autre.
- « Et bien silencieux. » Et ainsi de suite.
-« En est-il plus calme ?
- Certainement pas ! » hurlèrent-elles toutes en chœur.
« Kashka s’annonce… Et il n’y a personne !
- C’est pas pour nous déplaire !
- Car les gens ont peur.
- Oh oui, le silence qui pèse par ici est bien celui de l’effroi. » reprit la citrouille balafrée. « Bien fait pour ceux qui prenaient cette nuit à la légère. Ils craignent le retour de Kashka, cette année… Ils voient déjà le maléfice s’abattre sur eux !
- Et à raison !
- Qu’il vienne !
- Nous, on attend tranquillement ! » chantèrent-elles avec leur éternelle et insondable malice.
« Je vous ai raconté la fois où j’ai avalé ce baudet de Troubadour quand la reine macabre a frappé à sa porte ? »

Aklatan vagabondait dans les chemins sinueux que formaient les rues du village, et en n’ayant rencontré que quelques arbres immobiles - sur sa route à peine éclairée de quelques lanternes, suspendues aux luminaires bordant le chemin – il commençait à se douter que personne n’avait mis les pieds dehors, ce soir. Mais cela ne l’empêchait pas de ruminer de sombres pensées, comme il était temps d’en avoir, cette nuit… Qu’y a-t-il de plus fantastique qu’un Troubadour se perdant à l’aveugle au gré du chemin ? Un Troubadour cassant son luth ? Racontant des plaisanteries abrutissantes ? Non, s’il y a mieux encore que d’observer, sans le déranger ni faire aucun bruit, un Troubadour s’enfouissant dans l’ombre d’une nuit des songes macabres sans d’autres désir que de s’égarer, c’est qu’il y a mieux que d’être un Troubadour ; et cette chose est loin d’être élucidée, croyez-moi !
Si ce n’était pas avec lui-même qu’Aklatan avait l’habitude de célébrer le retour des esprits sur cette terre, comme chaque année, ce devait être en compagnie d’autres Troubadours, ou bien avec une certaine pumprune capable de l’exploit – très irritant – d’une parole plus pesante qu’elle-même, ou encore avec quelque fantôme, qui prétendait se perdre davantage que lui, ce qui permettait des conversations fort enrichissantes … Alors que risquait-il à traîner lugubrement vers des sentiers inconnus ? Si au moins ces routes empreintes d’une pénombre venimeuse pouvaient le mener vers des pays merveilleux…
Mais qu’était-ce donc cela ? Ainsi le sort ne l’avait pas abandonné, et la fortune avait guidé ses pas vers une découverte rayonnante du charme d’une bénédiction !
A une enjambée, au pied d’un arbre mort bordant le sentier, il y avait une grosse courge édentée au sourire figé. Au fur et à mesure que ses racines grimpaient sur le tronc, elle crachait des flopées de graines sèches devant elle. De ses orbites.


A suivre…

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