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 Le chemin de l'homme et du caméléon perché sur une roue - Partie 1

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Aklatan
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MessageSujet: Le chemin de l'homme et du caméléon perché sur une roue - Partie 1   Dim 26 Sep - 12:30

Ceci est un conte des plus communs, qui ne se veut ni à l’eau de rose, ni philosophique ou quoi que ce soit. Voyez seulement l’histoire de personnages qui se rencontrent.

Un caméléon était perché sur une roue : une grande roue solitaire, qui roulait, et roulait autour du monde, de par lui et au-delà.

Sur le monde, il y avait un jeune homme. Un être tout jeune qui respirait, qui voyait, qui marchait et courait, qui vivait. Il pouvait voler s’il seulement il voulait ! Mais il n’en était pas moins un vivant, un de ces êtres dont chaque pas hérite d’une riche pulsation contre la terre qui l’a vu naître.
Et ce jeune homme était laid. Que cela signifiait-il ? Que ses semblables – si on peut les nommer ainsi – ne le considéraient pas comme semblables, s’ils lui attribuaient cette particularité ; dans ce cas, ne seraient-ils pas moins laids ? Ou bien que son apparence était d’une une rareté qui suscitait perplexité et surprise, si bien qu’on en revenait toujours à : quelle laideur que ce garçon !
Car comment aurait-il pût le soupçonner, si aucun « semblable » ne venait l’y faire penser ? Car ce n’est là qu’une pensée, aussi abjecte soit-elle, que d’en venir à observer de la laideur !

Quoi qu’il en soit, il en était ainsi : ce rare visage n’était qu’un visage laid, face à d’autres rictus si répandus ; l’imagination, et toute cette articulation de sentiments forgée dans le préjugé et la découverte, avaient bon dos. Et ce jeune homme ne pouvait qu’en être le supplicié, puisqu’ainsi, plus aucun ne voulait lui être associé en tant que « semblable ». Il était seul.
Et si la laideur se définit par l’imperfection – critère bien maigre et mesquin – c’est une des pires imperfections que de n’aimer que ce qu’on connaît ! Ce qui est improbable, car connaître perd tout son sens si on ne rencontre pas d’abord : si ce jeune homme était seul, c’était parce que dans toute la sottise de ses semblables, aucun ne pouvait le connaître ; et connaître était bien tout ce qu’il y avait de bon à découvrir dans le vivant, si vaste soit-il.

Là où le caméléon montait la roue, il tournait, circulait, et repartait en faisant des tours, sur cette grande roue qui ne cessait d’avancer, roulait et roulait encore…

Pourtant ce jeune homme s’éprit et se prit à aimer, chose qui devrait paraître bien étrange pour ses semblables. Celui qui était laid incarnait tout le contraire de sa distinction : si l’on peut réfléchir un instant là-dessus, la laideur peut-elle aimer ? On verra cela lorsque le vivant l’aura perpétué un jour, peut-être…
Qui plus est, il aimait l’incarnation de la beauté, du moins ce qu’il considérait comme telle. Il s’apparentait de plus en plus à ses semblables, car non seulement il aimait, son amour chérissait la beauté, mais cet amour n’était qu’une distinction parmi tant de semblables. Mais cela, personne ne s’en souciait, d’ailleurs lui-même n’aurait voulu partager cette passion, sa propre passion !
Et tandis qu’une jeune femme vivait devant lui, elle vivait en lui, à travers une douce danse, qui s’épanouissait lentement en commençant par des rêves. Et jamais ces rêves ne prirent fin. Bien qu’ils devaient certainement se poursuivre dans un ailleurs, sous une autre forme, dans la rencontre et la connaissance de l’objet des passions… Cela n’arriva pas.
Ainsi s’avéra le prix de la laideur de cet homme, puisque cette passion se figea en un cimetière d’espérances ; le vent tourna, elle partit, avec tous ses semblables…
Et c’est ce qu’il crût, après avoir crût au partage d’un amour au-delà du rêve : il crût voir disparaître ses passions et tous ses liens avec le monde dans une brume impénétrable et sans fond. C’est face à ce rideau abaissé devant ses yeux qu’il fit demi-tour, pour s’en aller à son tour.

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