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 Deux érudits et une Pierre Pédicurale

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Aklatan
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Date d'inscription : 04/07/2008
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MessageSujet: Deux érudits et une Pierre Pédicurale   Dim 22 Aoû - 13:16

Pirelin Pucel s’était tôt intéressé à l’apprentissage de la sagesse, et tout ce qu’ils appellent philosophie, même si globalement, cela revient exactement au même, pour quelqu’un s’apprêtant à apprendre la sagesse puisqu’il avait tout de même une raison de l’aimer. Pour cet être, la sagesse était un art qui, avant tout, avait beaucoup plus de raison d’être que les enseignements classiques selon lesquels il fallait savoir que c’était bien beau d’appeler un grogneron un grogneron, mais qu’il y avait intérêt avec ça de connaître le nom de mille grognerons, ce serait beaucoup plus évolué, il faut l’avouer.

Pour Pirelin, qui n’avait rien à faire de mémoriser exactement tout ce qu’il savait ne pas être vrai en ce bas monde – puisque déjà que trois grognerons n’ont pas grand chose à foutre qu’on les appelle comme tel ou ainsi, qui ne sont pas des noms très harmonieux, à vrai dire… vous aimeriez ne pas recevoir un nom sinon un pronom comme « lui » ? La pauvre Elsa n’a pas eu plus de chance avec plus de mots, en n’héritant non seulement d’un pronom mais aussi d’un adjectif, avec ça, pas étonnant qu’elle n’ait plus eu que les yeux pour pleurer – pour lui, donc, la sagesse c’était pouvoir connaître et transmettre la vérité sans la révéler. Un truc génial, quoi.

Car, comme tous les sages, et ô combien encore, il voulait connaître la vérité tout simple. Pourquoi ne serait-elle pas toute simple ? Plutôt : pourquoi serait-elle compliquée ? En plus d’être cons, on serait carrément foutus si la vérité venait à être compliquée… Pirelin était déjà convaincu d’une vérité, qui était celle-ci, dès le début de son apprentissage.
Et si la vérité est simple, c’est parce qu’il n’y a pas grand doute à avoir, et ce dont on ne se doute pas, c’est que Pirelin est devenu un honorable sage, tout simplement ; encore un truc génial.

Mais, d’abord en tant qu’être, il avait des désirs particuliers, puis en toute sagesse ensuite, des désirs à méditer et soumettre au jugement, à la raison, l’équité, la mesure, la bravoure… Comme cela fait beaucoup de monde à rassembler, encore Pirelin fût un penseur et philosophe hors pair, cela lui prit déjà un certain temps ; pour formuler clairement les notions distinctes de ces désirs, il dût réfléchir d’office cinq à six ans.

Lorsqu’il conclût que voler serait une perspective fort intéressante, il se mît dans la quête éternelle de la maîtrise de son corps pour accéder à l’abstraction, puis la lévitation, et tout ce qui ne saurait être raconté précisément lorsqu’il s’agit de faire se balader un type dans les nuages.
Ce fût d’ailleurs au cours de cette laborieuse étude qu’il rencontra un autre érudit, qui devînt rapidement son ennemi : Ragalzeau savait voler. Bien que Pirelin, quoi que blessé dans sa propre estime, s’était hâter de demander conseil à Ragalzeau, le conflit s’installa rapidement car alors que Pirelin ne jurait que par la vérité, Ragalzeau était le plus entêté des menteurs.

Ainsi, même si Pirelin ne se montrait pas moins entêté, il ne cessait de se convaincre qu’il était bien plus sage que cet abject calculateur – et de toutes façons, calculer, Pirelin savait certainement le faire beaucoup mieux que lui, d’abord – cela forgea sa détermination de surpasser Ragalzeau autant qu’il dépasserait lui-même les limites de ses capacités et les espoirs de ses propres volontés, oui ! Pirelin créerait de quoi conférer l’immortalité.

Débuta alors une nouvelle et non moins longue recherche, qui l’amena à consulter les connaissances d’ouvrages archaïques, et même à récolter la quasi-totalité des minéraux du monde, qui lui valût d’agréables – et pieux, bien sûr- voyages là où il y a de belles femmes, de la bonne cervoise, de superbes forêts, et surtout de gros insectes venimeux, des plantes voraces, et en outre, des créatures infernales avec des pics brûlants sur des dos écailleux bardés des yeux de trente parallèles inter-dimensionnels.

Alors que la fabrication de sa pierre magique allait bon train, il fût victime d’un regrettable défaut – mais Pirelin n’en restait pas moins un grand sage. Et notamment de la vicieuse malice de son ennemi, qui, faisant mine d’être soucieux d’occulter à Pirelin un grand secret, ce dernier ne pût s’empêcher de s’intéresser à son cas, tomba dans le piège d’une feinte mégarde de Ragalzeau, et se convainquit que le félon était à la rédaction d’un ouvrage dont il avait pu lire le titre : « L’Ogalax, élément de base de l’alchimie ». La jalousie anxieuse de Pirelin le perdit dans un redoutable néant, qu’il n’avait cessé de combattre : il se prit à douter, et guidé par ses démons, ne put qu’admettre qu’il avait pris un chemin erroné à travers son travail, trompé par la couverture fictive du faux livre de Ragalzeau. Car Pirelin savait qu’il n’avait jamais mêlé d’Ogalax à ses préparations.

Il ne prit conscience de son erreur qu’après avoir recommencé son pénible ouvrage depuis le début, jusqu’à ce que son affliction soit doublée, en constatant ses maintes erreurs. Après ces nombreuses années de travail incessant, le sage Pirelin se laissa aller à une période de repos qu’il pensait mériter aussi bien par son labeur que par la vertu déployée à travers l’aventure philosophique depuis le début de ses projets – ce dont les sages aiment se convaincre, le karma en est toujours revigoré – ainsi ces travaux se firent plus rares dans les temps qui suivirent. Mais depuis lors une chose apparût cruciale.

Car Pirelin, assis à son bureau, venait de faire s’écrouler le tiroir de droite sur son pied, en tirant brutalement sur sa poignée ; le douloureux accident était sans doute du à son exténuation, qu’il refusait d’admettre étant un sage ne connaissant ni l’affectation du vice ni la contrainte corporelle, mais peut-être aussi au fait d’avoir oublié de changer l’habitude qu’il avait d’user toute son énergie à ouvrir le tiroir grinçant qu’il s’était enfin décidé à graisser. C’est en appliquant un bandage sur son pied violacé qu’il décida finalement de prendre un peu de repos sans penser à ce connard de Ragalzeau – et que même s’il savait voler et pas lui, il saurait lui montrer qu’il pouvait lui voler dans les plumes quand il voulait.

Et justement, la pierre – la deuxième - assidûment travaillée durant des années, révéla quelque pouvoir, qui ne pouvait davantage satisfaire le sage, qui jugeait que c’était déjà pas mal pour s’arrêter là pour le moment. En effet, cette pierre s’avéra radicale pour guérir les blessures aux pieds. Mais uniquement des pieds. Inutile d’y faire appel en ouvrant des huîtres lorsqu’on n’est pas réveillé, donc. De plus, grand sage qu’il était, il remarqua que ce qu’il nomma la Pierre Pédicurale parfumait agréablement les souliers lorsqu’on l’y laissait reposer. Décidément, quel génie ce Pirelin.

La partie à suivre de sa vie reste plus trouble, étant donné qu’on n’ignore ce qu’il fît de la première pierre, qu’il avait toujours jugée digne de résultats prometteurs, avant et après le doute qui l’assiégea honteusement, bien que des rumeurs courent que le sage se serait remis à son ouvrage parmi d’autres travaux demeurés secrets. Aussi secrets sans doute que le personnage lui-même, dont on n’ignore même s’il est encore vivant, ou s’il était définitivement mort en restant impopulaire.

Mais, grand sage qu’était Pirelin, les mauvaises critiques ne l’ont plus jamais affecté depuis cette époque mouvementée de sa vie, car ce serait Ragalzeau qui aurait connu la célébrité, outre le fait de pouvoir voler, puisqu’il aurait trouvé la clé de bien des secrets – décidément, les secrets chez les sages, c’est une affaire intime. Si c’est le cas, serait-ce aussi anonyme pour le monde que pour eux-mêmes ? – comme celui de tirer les vers du nez. Pour un menteur tel que Ragalzeau, il faut préciser que personne n’est réellement sûr qu’il ait réussi à acquérir ce pouvoir de tirer des vers du nez de quelqu’un, mais ce qui reste honorable pour le public demeure sa Potion Verte, qui justement, fait circuler des vers dans la tête de qui la boit… pour pouvoir peut-être par la suite les retirer par le nez.

Et aujourd’hui, quoi que l’on dise de ces deux grands sages, qu’ils soient encore vivants delà le joug impitoyable du temps qui donne la mort, véritablement éteints depuis belle lurette avec leurs manuscrits et trésors, ou même véritablement sages, ils restent tout de même de sacrés empotés, fiers et immortels ennemis, qui ne cesseront de susciter admiration et histoires à la con.

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