Les Troubadours des Plaines

Site officiel des Troubadours des Plaines
 
AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Histoire biscornue - Partie 1

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Aklatan
Capitaine des Plaines
avatar

Messages : 483
Date d'inscription : 04/07/2008
Age : 105
Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: Histoire biscornue - Partie 1   Mer 21 Juil - 19:16

Le monde est raconté de différentes façons, ou plutôt il l’est décrit, c’est déjà ça ; c’est d’ailleurs un bon préliminaire. Il est imaginé comme un assemblage d’eau, de pierre et d’air, sur laquelle il faut être attentif à ne pas se prendre les pieds, car il y a du relief. D’autre part, certains pensent qu’il s’agit d’une boule. Une grosse boule qui flotterait dans le vide : cela donne un appui légitime à certains pour formuler des menaces (« je te retrouverai, le monde est rond, j’aurais pas fait un tour dessus que t’en auras déjà fait trois sur toi-même, je te ferai voir l’intérieur de ton… »). On stipulerait même ailleurs que le monde serait comme un galette dont le ciel peut tomber sue la tête de ses habitants à tout moment, ou encore qu’il voyagerait dans le vide sur le dos de quatre éléphants eux-mêmes perchés sur une tortue géante… Mais là n’est pas là question. Ah bon ? Là est la question ? Pour une fois que c’est le cas, je brise l’énumération avec la classe d’un diplomate en plein débat, et vlan ça s’explose par terre, le nez dans les bananes, c’est la faute à Aklatan, la tête dans les prunes, c’est la faute à Tarlun…
Oui car l’autre question est : le monde n’est-il pas non plus un colosse qui porte un slibard bien fermé ? Ca en a tout l’air, si on peut réellement parler d’ « air », puisque ce jour-là, Aklatan avait la ferme et repoussante impression de se trouver au fond du calbut du monde, qui n’avait jamais paru plus malade.

« D’habitude, quand on pisse, on participe à rafraîchir l’extérieur, c’est le cycle de l’humidité. La pluie. C’est pareil. Qu’on ne se figure plus que ce sont les larmes du monde. Mais ici non seulement ça pue la pisse, mais en plus il fait toujours une chaleur à crever. C’est pas un cycle d’humidité, c’est même pas de l’humilité ; c’est vraiment la dech. » Voici un résumé de ce que pense Aklatan, synthèse qui n’a pas été facile à faire puisque un geyser de pensées insensées et décousues rejoignent cette seule réflexion pour la troubler et alourdir son contenu véritable, à la manière d’une appétissante galette de miel que l’on vous présente recouverte d’abeilles grouillantes sur toute sa surface.
Mais là où il était, Aklatan n’attendait pas de galette de miel – ce qui n’est pas totalement vrai, puisque tout le monde, potentiellement, attend de recevoir une galette de miel, n’importe où et n’importe quand, pour cette seule raison que ça fait pas de mal et que pourquoi pas – cependant des abeilles, il y en avait, à moins que ce ne soit des guêpes.

« Salutii tu peux me rendre un service mon ami ?
- Ben euh, c’est que ouais, mais… enfin c’est quoi que je…
- Si t’as quelques pièces pour m’aider à m’acheter à manger, tu vois, vas-y ce serait sympa.
- Bon, attends je regarde ce que j’ai...
- Merci t’es super, les gens réagissent pas tous comme ça. »

Il est vrai qu’une guêpe c’est gentil, surtout une seule, elle ne va pas vous manger. Mais par multiplication ça peut devenir inquiétant…
« Hé j’en t’en supplie, si t’as un peu d’argent…
- Ah, t’as faim, t’as pas quoi manger ?
- S’teusied j’ai super faim, si tu peux me dépanner…
- Ouais attends je regarde ce qui me reste. »

… voire…
« Excuse-moi t’aurais pas un peu d’argent s’il te sied ?
- Ben c’est que j’ai déjà donné à plusieurs personnes avant alors…
- Allez vas-y c’est que je puisse payer l’auberge, pour dormir…
- J’ai plus grand-chose, alors, j’ai ça… ça va comme ça ?
- Ben… si t’as un peu plus…
- Ah désolé j’ai donné à pas mal de monde, j’ai plus de monnaie.
- T’as pas des billets ? Si tu vas t’acheter à manger, tu me rapportes quelque chose, ou de la monnaie que t’as récupéré…
- Ben non je suis désolé j’ai plus rien, et je dois rentrer…
- Tu peux me passer ta carte sinon, pour le tram ?
- Hein ? Quelle carte ?
- Comment ça, t’as pas de carte ? »

… très inquiétant…
« Hey dis-moi t’as pas de quoi rouler ?
- Ah désolé je fume pas donc…
- Je vais t’apprendre un truc : essaie pas de mentir, ça peut te coûter très cher.
- Mais je te dis que j’ai…
- Ouais arrête, je t’ai vu donner à la meuf tout à l’heure.
- C’était des pièces, pas des feuilles !
- Et pourquoi t’en as plus pour moi ?
- J’ai tout donné, j’ai plus rien, c’est tout ce qui me re…
- Ecoute-moi, moi je suis dans la dech, tu vois, je suis pas comme-toi, alors essaye-pas de m’avoir… » Oulalalalala.

C’est obscène ! Ces gens sont obscènes et vicieux ! Ils veulent bouffer ? C’est la moindre des choses, donnons-leur à bouffer ! Chose bien plus évidente que des ronds de cuivre !
C’est pourquoi Aklatan décide de soigner le mal à la racine, en cueillant aux branches. D’un pommier, pas loin. Traînant un sac de pommes dans le slibard infecté du monde, il ne peut – heureusement- qu'attendre l’encontre des émissaires de la précarité, réelle ou non. Donner de la nourriture promettait un sentiment plus fort et plus naturel, plutôt que de se prendre la tête en se battant pour s’accaparer des valeurs conventionnelles obnubilantes et insignifiantes. Mais qui a dit que le grand méchant loup ne poursuivait pas un panier de nourriture, attiré par des effluves exquis ? Tout le monde, oui, mais personne ne serait contre pour avouer que –bref on le savait déjà – le grand méchant loup était inquiétant.

« Hey mon ami, rends-moi un service, tu veux ?
- Tu veux de quoi manger ?
- Si t’avais de l’argent pour que puisse acheter à manger…
-Te fatigue pas, j’ai déjà de la nourriture, tu veux une pomme ?
- Euh… T’aurais pas des pièces ?
- Ca se mange pas, ça. J’ai pas d’argent, mais j’ai des pommes. »
L’inconnu jette alors un œil au fruit, le tâte, et le jette en prétendant : « L’est pas mûr ». Puis il en saisit un autre dans le sac du Troubadour, le croque, et le jette en déclarant : « L’est pas bon. » En saisissant trois autres, il en met un dans sa poche et jette les autres à la figure d’Aklatan, avant de s’en aller.
« C’est bien, au moins, tu ne jettes pas les pommes par la fenêtre. »

Plutôt que de sympathiser et prouver sa compassion, mieux vaut rester quittes, avec ou sans biens sur soi ; si l’autre veut apitoyer avant d’utiliser une méthode beaucoup moins respectueuse, pourquoi ne pas le faire aussi. Non mais c’est fou, des fois.
« S’teu sied t’as pas une pi…
- Wouuuaaaaaaarrrglll… » tonitrue Aklatan en affichant un air totalement ahuri et névrosé. Le quémandeur ne se laisse malgré tout pas impressionner.
« Attends, ce que je te demande c’est juste une pièce, cherche dans tes poches…
- Yiiaaaaaaaaaah…. » Et Aklatan tourne alors les talons pour s’éloigner et échapper à l’envahisseur… que dis-je ? L’assiégeant !
« Tu t’en iras pas comme ça, reste ici ! » réplique-il en lui saisissant les jambes pour le ramener à lui. Le Troubadour, s’affaissant jusqu’au sol, s’étire sur le ventre, vociférant de plus belle, à la manière d’un mouton effrayé, sous les réclamations continues de l’inconnu serrant ses mollets de toutes ses forces :
« Allez, tout ce que je te demande, c’est un peu d’argent, tu dois bien avoir ça sur toi…
- Yiiaargaaaaalwouaaaaaaaah… » Jusqu’à ce que l’assiégeant relâche soudainement son emprise.
« Mais non, j’déconne, arharharh, je te faisais nager ! » Le Troubadour se redresse alors sur ses jambes pour répondre, avec la même mine presque indifférante :
« Moi aussi, t’inquiète, c’était de la comédie.
- Je le sais bien, on joue tous la comédie. Tout ça n’est qu’un grand théâtre, où tout le monde prend son rôle très à cœur, le plus souvent. Je me convainc du pouvoir de t’arracher ton fric, et mon rôle est de faire croire que j’ai rien du tout, et de te le réclamer jusqu’à y arriver, tandis que toi, ton rôle, c’est de faire croire que t’as rien non plus, et de tout faire pour ne pas me donner ce que t’as.
- Ca n’a pas un grand sens, ce scénario.
- Bien sûr que non, c’est ça la vie, on n’a rien de mieux à faire !
- Donc, t’as pas grand-chose à faire pour le moment ?
- A part jouer le bon à rien dans ce trou puant, non.
- Si tu veux, on peut aller se remplir de pommes qui ont un bon air, je connais un pommier, pas loin…
- Oula… T’aurais pas des tendances un peu… »
A cet instant Aklatan le dévisage de son regard morne ; l’inconnu peut alors en mesurer toute l’insipidité, et en conclut que le Troubadour semble avoir l’assurance et la détermination d’une noix inerte. Oui, car les noix qui ne sont pas inertes dévoilent un caractère très spécial qu’il faut apprivoiser avec prudence, notamment lorsqu’il leur prend de lécher tout ce qu’elles rencontrent dans l’herbe.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Histoire biscornue - Partie 1
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» RÉSUMÉ DE LA PARTIE 37 !
» Inscriptions partie 63 - Kaamelott
» Histoire d'Haiti et de sa Diaspora
» "Ce que l'homme retiendra de moi, si il retient quelque chose, ce ne sera qu'une infime partie de la vérité." ||DANSEUSE||
» Je veux faire partie de l'histoire .... (Libre à ceux qui veulent débattre)

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les Troubadours des Plaines ::    Le Village :: La Place Villageoise (rôle)-
Sauter vers: