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 Fragment du rêve 7 - Sommeil sans boussole

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Aklatan
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MessageSujet: Fragment du rêve 7 - Sommeil sans boussole   Lun 24 Mai - 12:57

Sur une colline, dans la journée, ou peut-être après que le jour se soit levé, sur le toit d’une maison, ou encore au beau milieu d’une clairière.
Elle dit : « Je suis certaine que la nuit tombera ce soir ! » Et les autres tinrent le pari. Ils attendirent le soir, ou peut-être la nuit, ou bien peut-être ce qui ne serait ni le soir ni la nuit, afin de déterminer a vérité ; peut importe, sans doute allait arriver quelque chose, ou non. Car la nuit ne vînt pas. Peut-être le soir n’était-il pas là, ou bien allait-il venir ? Et la nuit arriverait.
« Je pourrais être une étoile. Glisser sur les toboggans des nuées, dans un lit d’étincelles et d’espoirs qui luisent… Là-haut, des voûtes d’ombre bleues qui serpentent comme des ruisseaux qui descendent et remontent, et des cascades de lunes filantes dont les sentiers propulsent au loin, on vole, et on attend de redescendre. Les rivières du ciel. C’est là que j’irai, et je deviendrai une goutte de lumière qui respire, comme quand l’arc céleste vous emmène jouer sur le toit de la nuit… Des pirouettes sur le dos du lointain. Je demanderai aux doigts de rose encore quelques instants avant de m’endormir, voyager encore un peu, sans même savoir ce que sera un instant, avant qu’elle ne peigne la toile de nos rêves… »

Je ne sais plus trop où j’en suis, ni où on était. C’était peut-être dans les arbres, où la rosée abreuve les fées et les insectes de perles fraîches, un peu partout sur les feuilles douces. Ou bien peut-être sur le toit du monde, où le ciel met pied à terre… Elle dit : « Un jour la nuit viendra ! » Hélas on ne pouvait savoir, peut-être le jour devait-il venir afin que la nuit ne vienne. Le jour arriva, et ils se suivirent, mais la nuit ne vînt pas. Et il n’y avait plus personne.
« Aujourd’hui, le soir viendra, et la nuit tombera ! » Et elle attendait la nuit, espérant le jour et le soir. Peut-être tombera-t-elle.
Puis tout le monde était parti. C’était avant le jour, ou après la journée, sur un lac, ou peut-être dans la montagne. Puis elle s’endormit. La nuit viendrait peut-être, mais elle ne l’attendait plus, du moins pour un instant… Quelques instants, sans savoir ce que ce sera. Puis elle se sentit légère, le cœur lumineux, elle montait. Peut-être vers des voûtes d’ombres bleues, des cascades de lunes filantes, ou la nuit…

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Aklatan
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MessageSujet: Re: Fragment du rêve 7 - Sommeil sans boussole   Ven 25 Juin - 12:44

Il me semble que mes yeux étaient ouverts. Mais ils se sont fermés sur la réalité dans laquelle je stagnais, là entre ses planches. Où plutôt mes yeux fermés se sont ouverts sur le monde. J’étais assis, rien ne bougeait. Si plus aucun corps ne suivait les courbes d’un mouvement dans l’espace de la vie, peut-être les pensées, elles, suivaient bel et bien les courants des rivières, quoique tout était invisible… Etrange. On ne sentait rien. J’étais entre deux table, elles étaient droites, immobiles, je l’étais aussi. Et en face de moi il y avait le mur. Tout blanc. Je ne pensais pas qu’il deviendrait limpide… Car c’est venu, ce n’était même plus dans mes yeux…

Une ouverture, tout ronde, moyenne, on aurait dit la porte creusée d’un terrier, s’est faite dans le mur. Il semblait que la paroi froide s’était dilatée de part et d’autre pour laisser entrer l’air. Comme si une bulle s’était dessinée dans la cloison nue pour s’en détacher très doucement, et entrouvrir la fenêtre vers d’autres lieux… Et ces lieux, il me suffisait d’y plonger. Il ne m’aurait pas fallut trois pas pour y pénétrer, et j’espère, disparaître derrière cette entrée secrète et silencieuse qui avait ouvert le mur. Oui, le mur s’était ouvert ; sinon c’était que j’y avais vu au travers, et peut importait quel mur c’était, car s’il ne me semblait pas avoir la connaissance d’un tel lieu derrière ce mur-ci, c’était alors derrière un autre, plus loin, quelque part en voyageant un peu, en traversant d’autres murs, sur le plancher de ce terres, de cette planètes, à la surface d’un autre continent éthéré, qui sait… Mais c’était là.
S’y rendre, cela semblait facile, dans un monde immobile, à quelque pas juste devant soi, car rien n’était plus naturel que cela ne l’était ; malgré le mur qui se dressait autour de la porte entre mon être et le sien, c’était faire un pas pour briser la raideur de ce monde et s’engouffrer dans un autre, porté par les ondulations nouvelles qui m’y élançaient, libérées de leurs chaînes.

Laissez-moi vous en parler… C’était une forêt. Un bosquet tranquille entouré par des arbres noueux à l’écorce fraîche et ferme, dont deux encadraient la porte en étirant leurs branches au loin pour souhaiter la bienvenue. Une atmosphère bleutée était assise ici, et recouvrait chaque forme et contour, telle une brume claire enchanteresse.
Le sol était recouvert de fougères vertes, bleues et nombreuses, qui se balançaient légèrement par moments, à l’ombre secrète des feuillages. Un toit de feuilles lisses reflétant les quelques rayons de lumières qu’ils occultaient, chacun le long de divers recoins de leurs visages. La végétation paisible devait sentir bon, un léger parfum boisé d’herbe et de rosée… Il fallait s’aventurer davantage au creux de ces lieux pour le découvrir ; un peu plus loin, il me semble qu’un ruisseau traversait l’herbe et les fougères, en claironnant tendrement son ruisselant clapotis. Il brillait de sa surface jusqu’aux petits cailloux qui habitaient son ventre, là sous les remous de l’eau claire, puisque les feuillages des arbres avaient laissé la porte ouverte à quelques rayons qui vinrent réclamer à toucher terre, même s’y baigner, dirait-on…
J’aurais voulu m’y baigner aussi. Car c’était là, dans mes yeux et au-delà, devant moi, il n’y avait nulle distance, ça n’était que tout près. Cette bulle d’ouverture vers la forêt nébuleuse qui s’était creusée en un instant dans le mur… Un mur l’instant suivant si vide. Droit, blanc, inarticulé.
Et si c’était un rêve, et si c’était ailleurs, tout ce qui fait un être se trouve ici. Ni inconstance, ni ennui, ni inquiétude, c’était comme cela, puisque même lorsque mes yeux eurent fait un mouvement, et l’immobile reprit sa place, je me sentis à nouveau, et je me sentais bien. Parce que c’était là.

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MessageSujet: Re: Fragment du rêve 7 - Sommeil sans boussole   Mer 18 Aoû - 19:33

On songe, et on cherche, on recherche en songe… Est-il au fond de ce large puits, qui s’ouvre en un entonnoir glissant dans la clairière, dont émergent des échos rauques de l’ombre des fins-fonds ? Est-il derrière la colline, cette masse géante, énorme, dont on approche les bords crayeux et noirs où l’eau capricieuse sur laquelle on dérive est paraît poisseuse, et sombrement intimidante, autour des flancs terribles de cette montagne que l’on longe sans jamais en finir le tour ni en voir le sommet, là sur cette mer grise ? Ou bien sous l’écorce de l’arbre creux dont le contact avec ses fleurs aux pétales merveilleux fait surgir un pelage roux, qui nous mène à chercher plus loin encore, sous la forme d’un leste et sauvage animal, plus-haut, dans les feuilles se dorant au soleil de la fin du jour ; aux infimes creux des recoins, ou les espaces sans bornes de l’infini ?
Qui ne le trouve ne saurait le dire, et encore moins celui qui le trouve.

Et pour l’instant, on ne peut le trouver, car il ne vient pas à nous. Sans le pourrons-nous, mais seulement après l’avoir rencontré, alors nous serons dignes d’explorer ces puits profonds, ces collines sur la mer, ces jungles du crépuscule…
Ici ou là, il se passe bien des choses, car c’est la nuit. Cela tombe bien, quoi que l’on fasse on attend. Et l’oreille on tend, on s’entend, on s’étend, on y tend, pour un temps et bien souvent…

Il n’y a qu’une nuit, mais s’il y a ici ou là, c’est parce qu’il y a rêveur et veilleur. Le rêveur est libre de vagabonder ou bon lui semble, ou ne lui semble pas, il arrivera néanmoins certainement vers ces clairières trouées, ces coquilles solitaires, ces troncs soyeux…
Mais comment savoir qui est rêveur et qui est veilleur ? Nul besoin, voici le rêve, parti dans cette direction ; le veilleur va-t-il dans une autre ? Rien n’est sûr, ce qui l’est est qu’il a davantage la notion du temps.

Au point de la nuit, à la neuvième, sera-t-on rêveur, sera-t-on veilleur ? Le livre se referme, avec les paupières, et ici et là on entend le tendre frisson de l’éclipse qui baille, silence et noir s’entendre et s’étendre ; le voyage annoncé pour un repos vers un autre pays.

Suit le point de l’heure, sur les neuf d’un jour, revient la première, où s’amoncellent souvenirs et promesses, par delà la nuit, et le cours tranquille où s’éloigne la barque prête à prendre le large ; mais il tarde à venir, il tarde à venir.

Quand vient la deuxième, le rêveur est déjà loin, et le veilleur contrarié part lui-même à la découverte de ses propres abysses, qui miment les espaces offerts au rêveur, sans jamais les égaler, ils n’y ouvrent que peu de portes. Encerclé, il n’en trouve que la sortie, sans pouvoir y creuser davantage. Mais du sable s’écoule toujours dans les cavités de ces gouffres, en attendant d’y glisser par inadvertance, peut-être pour y tomber.

Puis sonne le troisième, le veilleur est un guerrier vaincu. Partout d’infimes pas sonnent, craquent autour et au loin. Des échos familiers résonnent, en renvoyant l’image d’endroits ou de mouvements, impliqués en ce moment, quand silence se prolonge. Peut-être sont-ce les fantômes habituels qui partent en balade à cette heure et par ici, descendent, montent, touchent, seulement en passant, sans trop déranger.

Arrive la quatrième, c’est l’immobilité. Seulement quelques bruissements, qui semblent revenir, qui caressent les tissus, et la tête du veilleur. Sans doute quelques lutins bien matinaux déjà qui glissent sur le sol, et sautillent dans les coins ; un moment d’absence de toute présence que même le veilleur est voué à contempler, à écouter, et puis à savourer, car ce sont des murmures…

Enfin vient la cinquième, elle annonce le point du jour. Le veilleur perd sereinement de sa vigilance, tandis que les cris de vie de certains animaux fredonnent au un peu plus loin. Un peu de lumière revient, le rêveur peut changer de bord au creux de sa barque, mais le veilleur semble avoir déjà lâché les rames…

Ainsi sont les destins du rêveur et du veilleur, en voyage autour des songes. Ainsi au point du jour, et ainsi jusqu’au matin.

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MessageSujet: Re: Fragment du rêve 7 - Sommeil sans boussole   Dim 31 Oct - 14:09

Il y avait un espace merveilleux, que ceux qui ne le connaissaient pas seraient bien vains de ne pas visiter. Un jardin tranquille et coloré, où chaque parterre de fleurs et chaque clairière de sous-bois doré menaient à un plus bel endroit encore. Et chaque pas que l’on faisait semblait faire grandir la vie sous nos pieds ; il suffisait de se baisser pour la chérir et la cueillir.

C’était en pareil jardin qu’ull aimait se promener, elle le trouvait non loin de son village, autour d’un lac d’eau claire…
En flânant en direction de la campagne, ull marchait entre les angles des maisons, hautes ou basses, enfouies ou perdues dans le ciel, où tout le monde dormait profondément ; il y avait toujours cette charrette allant prestement au en rapportant on ne sait quoi dans son coffre, et ce plémancre qui aboyait quelque chose, toujours en dépassant la grille qui retenait la précipitation de la bête où flamboyait la vie.
Ull se perdait dans ses allées et venues, s’enfouissant dans les fourrés et les bruyères de ce jardin, qui faisait sa couche de feuilles douces jusque dans ses rêves, là où le clapotis de l’eau sur la roche blanche durait encore.

C’est ainsi qu’ull se noyait. Sombrait et frémissait dans ces limbes obscures, où chaque foulée hasardeuse flétrissait le sol sec, sur des algues pourries, qui gardaient les cadavres noircis des fleurs du deuil qu’ils avaient lentement étouffées. Il n’y avait plus de ciel, plus d’horizon non plus ; et cela nul n’aurait pu le voir au-delà de ces bois de pitons pétrifiés les lumières éteintes pleuraient de s’être changées en cavernes…
La boue engourdissait la fuite, les effluves, toute chose jusqu’au goût de son être ; et ce qui devait « être » ici n’était plus. Il lui fallait regarder son reflet, réussir à s’approcher du lac, voir sa figure sur l’eau noire et vaseuse, mais elle ne bougeait plus…

Le jour semblait s’être levé au village, mais personne ne dormait, et il n’y avait personne, pas une ombre… seulement la sienne qui s’élançait, torturée par le venin de ses cauchemars. Il lui fallait retourner au jardin, retomber dans sa quiétude que rien ne pouvait lui enlever au-delà de ses rêves. Mais ull s’inquiétait déjà de ne le pas trouver. Car tout semblait noir autour d’ull, et la lumière qui traçait son chemin se ternissait à tour tortueux, comme si sa campagne allait prendre l’apparence monstrueuse d’une lande sans fin ni confins, où rien ne pousserait. Ull courait plus vite, ses pas rompaient le silence étrange que les sabots lestes d’une charrette venait troubler auparavant, et le vide laissé par ce plémancre qui restait muet à son passage.
Seulement retentit le grincement glacial d’une grille rouillée ; nul battement feutré ne parvint en écho, mais tout proche, ce fut un cri déchirant avant que la bête ne se jette sur ull pour lu dévorer.

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