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 Transe impie - Partie 1

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Aklatan
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Date d'inscription : 04/07/2008
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Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: Transe impie - Partie 1   Sam 22 Mai - 13:56

Dans les tours de la cathédrale, les lourdes cloches sonnaient le jour. Le bourdon rugissant mille tonnerres, la clochette légère tintait clair… et la symphonie mystique venue célébrer la gloire des lieux, et de ceux qui les habitaient. La toute puissance des choses, de la vie que l’on croit ici, les autres que l’on croit ailleurs. Et sonnaient, et sonnaient, éclataient les énormes échos qui se fondaient dans le souffle de cors célestes, qui grondaient avec force terrible, carillon infernal d’une gorge sans fond d’où remontaient les appels, plus lourds, plus sourds et plus haut, pour déchirer le ciel ! Dongong, brong, dadong, bongong…
« Levez-vous, mes frères, levez-vous mes sœurs ! Chantons les louanges du Revendeur !» Et
en chœur ils expièrent leurs maux :

« Revendeur, Marchand des sables,
Tu as marché le désert
Exaucer promise terre,
Là où l’herbe est bonne chère,
Tu en parfumera l’air,
Plaa-smÿde ! Revendeur !
Revendeur, Marchand des sables
Dans tes veines, point de mort,
Mais je ne dors pas encore,
Je suivrai les séraphins
Devant l’homme au tambourin
Plaa-smÿde ! Revendeur !
Revendeur, Marchand des sables,
La devant toi tes moutons,
De crainte, nous prosternons,
Tu anéantis le vide,
En appelant tes séides,
Plaa-smÿde ! Revendeur ! Plaa-smÿde… »

La célébration, appelée cuite, prenait fin, et les fidèles quittaient l’église la mine grave, mais le cœur apaisé, comme chaque jour au terme de chaque cuite*. Ils affrontaient à nouveau la lumière du jour, en respirant avec délice les fumées purificatrices que le prêtre propageait en faisant se balancer son encensoir, comme avec un pendule. Celui refermait les grandes portes de bois, et clôt l’enceinte sombre et silencieuse, aux effluves de braises. Puis il se retirait dans sa chambrette, au fond de la cathédrale, après avoir salué ses idoles : effleurer le bout de son nez, claquer son avant-bras gauche, et caresser ses parties génitales.
Au grincement de la porte répondait un râle jouissif et caverneux ; celui de la créature difforme, velue et ventrue qui était pendue par les mains au plafond de la chambre, se débattant avec une langueur capricieuse qui semblait la combler. Cette bête était humaine, elle en avait les traits, sous plusieurs aspects, mais n’avait rien d’un homme. Ni d’une femme. D’une créature… Mais le langage :
« Ils ont aimé, n’est-ce pas ? Ils adorent ça, j’en suis sûr… » lançait-t-il de sa voix terne et traînante, comme en se réjouissant de sa position monstrueusement agréable, dont le ton ne pouvait plus exprimer le vice et le sadisme.
« Evidemment, comme d’habitude. » répondait le prêtre avec malice, « c’en est fait, à présent, ils ne peuvent plus s’en passer.
- Ouiiii, magnifique… Ils aiment ça, ils en sont diiingues…. Oh oui, qu’ils aiment ça… » renchérissait la créature. Et le démon continuait sa danse convulsée, tordant son corps flasque et flétri pendu au dessus du sol ; se courbait toujours plus en avant, en arrière, dans les deux sens en faisant le tour de son corps avec sa tête, sans parvenir à atteindre les pièces d’or et le vin noir posés devant lui à seulement un bras.

Sous la voûte de la cathédrale, des grincements houleux retentissaient. Partout le long des murs, semées en files interrompues à différents endroits jusqu’au plafond, accrochées à la pierre, dans des postures diverses, des bêtes étranges promenaient leurs yeux globuleux dans tous les recoins de l’enceinte, perchés en haut des murs comme des araignées sournoises dans leurs toiles. Elles semblaient rire. Crachotement frénétiques, hurlements étouffés, gloussements infernaux, voici ce qui vrombissait fiévreusement entre les murs de l’église aux sombres échos : la cacophonie infâme de rires démultipliés, montant et redescendant, qui s’extirpaient des gosiers malsains de centaines de gargouilles grenues et grotesques, des goules grouillantes comme des fourmis fuyant la tanière qui a explosé…
Puis elles cessaient. Uniformément synchrones, dans l’osmose sublime et inquiétante du silence cristallisé dans une étincelle, quelque chose qui passait par là… Et plus rien, ni bruit ni mouvement. Leurs gros yeux névrosés suivaient le contour de formes invisibles, tandis que toutes restaient immobiles, blotties contre la pierre et accrochées au vide, dans l’espace colossal résonnant encore de voix grasses, qui mouraient en se tortillant contre la matière.
Puis un son resurgissait des abysses. Un roucoulement abominable répondait à l’appel, et le rire se reformait pour faire rebondir le vacarme atroce de tons cyniques et de voix moqueuses, le concert de la folie. Et elles se taisaient, ensemble et d’un seul coup. Le silence tétanisant d’un moment, bref ou éternel ; puis elles reprenaient en chœur…

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