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 La Citrouille Balafrée : Les voix des feuillages - Première partie

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Aklatan
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Date d'inscription : 04/07/2008
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Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: La Citrouille Balafrée : Les voix des feuillages - Première partie   Mer 11 Nov - 14:43

Il était une fois un homme qui avait peur du chant des oiseaux. Le malheureux s’était fait exilé de la cité des lames par l’envahissement que causait sa folie aux habitants. Il appelait au sacrifice dès qu’il apercevait un oiseau se poser sur une tour, et parsemait les rues de sable d’eau de mer en vociférant toutes sortes d’incantations ; il lui est même arrivé de dresser un bûcher en place publique, s’apprêtant à offrir aux flammes quelques pauvres carcasses de volaille dérobées au boucher. En fin de compte, suspecté de possession diabolique, il préféra quitter la ville, la peur au ventre, plutôt que la corde au cou.
Et cet homme avait peur du chant des oiseaux. Avait commencé pour lui un temps de tourments terribles, dont les serres s’enfonçaient progressivement dans ses entrailles à longueur de journée. Quel effroi révulsant ! Ces cris haut-perchés et vifs, ces piaillements entremêlés qui semblaient donner le signal de l’arrivée des prédateurs de la nuit. Et dont il serait la prochaine victime, lui, tout juste à portée de main dans sa cabane à découverte au milieu de la plaine.
Mais le cri le plus effroyable qui soit, le pire parmi tous ces échos suraigus, était sans doute le grincement noirâtre du merle.

Toute la journée, le pauvre homme redoutait ces sons abominables, qui lui trituraient les nerfs, en s’attendant à chaque seconde à entendre de nouveau un oiseau chanter… sans cesse un piaillement lointain et incongru, qui suffisait à le glacer des orteils jusqu’au plus infime nerf de son cerveau névropathe.
Etant donné qu’il ne pouvait vivre sous l’eau, ni au sommet des montagnes, parce que les rapaces auraient été sa seule nourriture – et il n’aimait pas le cri du rapace – il ne pouvait échapper aux bois, fussent-ils à une lieue, les volatiles gambadaient dans les volutes du vent comme il leur plaisait, à la souffrance de l’ermite. Celui-ci avait senti se succéder plusieurs infections d’oreilles, en laissant enfoncés à l’intérieur des semaines durant tous les matériaux imaginables, allant des carottes à la mousse collante des marais. Les peurs quotidiennes répondaient aux cauchemars de son sommeil nauséeux : la terreur qui le submergeait lorsqu’un moineau venait se poser à sa fenêtre le hantait jusque dans ses rêves ténébreux. Vînt un jour où il désespéra, devenu plus fou que jamais, abandonné au supplice de sa solitude qui l’emprisonnait dans ces retentissements infernaux, qui le tétanisaient définitivement. Les rituels noirs, les symboles gravés dans le bois de sa cahute, le sable devant sa porte, les grigris et toutes les incantations à la pleine lune n’y ayant rien fait, il n’avait plus qu’à affronter ces monstres pour échapper à leurs lugubres refrains. Seulement cet homme-là était sans doute le plus pétochard que la terre ait porté. Il ne pouvait se décider à abandonner la vie, ni même à se confronter à ses cauchemars.

Ainsi, un jour éclatant de soleil, où l’on aurait pu croire que la nuit elle-même n’oserait reparaître face à ce flot lumineux, il empoigna sa dague –émoussée malgré elle, à force de découper du fromage – et s’engagea dans la forêt.
Il marchait à pas lents et indécis sur le sentier terreux entre les arbres, entouré de la douce lumière verte que formaient les feuillages en reflétant le soleil. Il tremblait tellement qu’il était à même de réveiller chacune des taupes sommeillant dans la fraîcheur de la terre. Pour lui, les chênes et les pins s’apparentaient plus aux portails massifs le conduisant dans les limbes infernaux plutôt que de sages protecteurs.
Chaque pas qu’il effectuait s’associait à la cadence des cris des oiseaux, qui crispaient ses doigts sur son arme convulsé, et anéantissaient ses sens. Tout ce qu’il désirait à cet instant n’était que rebrousser chemin aussi vite qu’il le pouvait, et échapper au labyrinthe qui refermait son horrible patte griffue sur lui, l’assénant de piaillements menaçants. En vérité, son pied gauche prenait les devants, tandis que son pied droit lui ordonnait de faire demi-tour.
Il sursauta lorsqu’une forme noire et indistincte vînt briser le calme des bois : un cadavre venait de s’écraser à quelques pas sur le sol, il s’agissait d’un corbeau. Alarmé, il n’osa plus faire un mouvement, mais ne pût s’empêcher de tressaillir alors qu’une créature vînt à glisser hors du ventre feuillu des arbres, jusqu’au milieu du sentier.
Ce n’était rien d’autre qu’un renard, mais ses yeux brillants étaient aussi noirs que son pelage. L’animal tourna en rond sur lui-même en se traînant, comme envoûté par un charme étrange, de manière à attirer l’attention du héros qui frémissait. Puis la bête fût parcourût de vibrations soudaines, faisant onduler sa chair, comme si des mains abruptes le massait sur toutes sa longueur. Sa peau commençait à se distendre, lui faisant prendre de la largeur, alors qu’il se positionnait au sol comme pour s’étirer. L’instant suivant ce n’était plus un renard qui fixait son regard obscur sur lui, mais une créature cornue, cambrée sur deux pattes aux griffes épaisses, au torse couvert d’un pelage touffu et malpropre, et dont le visage aigu était déformé par une bouche saillante de crocs, qui ne cessait de grimacer nerveusement dans tous les sens.
Le nouveau venant se mit à son aise, adossé bras et jambes croisés contre le tronc de l’arbre, à l’inverse du fébrile chasseur qui tremblait de toute sa chair sans dire un mot.

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