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 Conte de la Citrouille Balafrée : Aux mains de la reine macabre - Dernière partie

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Aklatan
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Date d'inscription : 04/07/2008
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Localisation : Collines de Sous-Voûte-Chêne, la maison à côté de la cascade, où un gnome taille parfois des pierres.

MessageSujet: Conte de la Citrouille Balafrée : Aux mains de la reine macabre - Dernière partie   Mar 3 Nov - 17:48

La reine étendît son bras squelettique avec lenteur, puis brusquement enfonça ses doigts crochus dans la troisième masse brunie et pourrissante. Les flammes des bougies environnantes vibrèrent un instant, leur couleur commençant à virer au blanc. Tout retrouva son équilibre lorsqu’elle retira sa main. Dans la forme gluante et compacte avait été formé un visage par les doigts de la reine. Les traits percés dans la chair, s’apparentant à deux orbites et une bouche, se dilatèrent, jusqu’à l’outrance : les yeux s’allongèrent autant que la bouche, qui donnaient l’impression que le visage terrifiant était déformé par une torture infâme.
« A mon image, comme il se doit. » murmura-t-elle avec satisfaction.
La masse difforme fût parcourue d’un spasme, et paraissait prête à se mouvoir. Puis elle retrouva sa fixité. La reine s’indigna, laissant de côté l’objet :
« La plus vieille et la moins coriace, bien mauvaise pioche que cette pumprulle ! Voyons voir celle-là… » Elle fît de même avec une autre, qui fût prise des mêmes soubresauts que la précédente, mais cette fois jusqu’à changer de forme, se recolorer, retrouver sa consistance originale. La citrouille avait renaqui. La reine se laissa aller à un rire sec et haletant, pour s’exclamer avec ironie :
« Quel spectacle que d’observer la vie reprendre forme en sachant que ce n’est que pour la voir flétrir à nouveau ! » Elle rît encore une fois, puis se décida à répéter l’opération sur une troisième citrouille. Celle-ci se mut pareillement, faisant trembler sa chair gluante qui se remodelait, comme en s’arrachant à des sables mouvants. Les deux citrouilles rappelées à la vie regardaient leur maîtresse de leurs yeux grossiers. Le serviteur, lui, continuait de suivre la cérémonie.
Une quatrième tentative se résolu en un second échec, la citrouille étant inapte à resurgir hors de son état de cadavre malgré l’incantation tactile de la reine. La cinquième tentative fût la plus impressionnante : la citrouille se régénérant étant d’une taille considérable tout d’abord, mais aussi du fait du grondement sonore qui retentît lors de sa renaissance.
Ainsi un troisième regard se posa sur la reine, maîtresse commune du retour à la forme originelle. Ce regard s’accompagna néanmoins d’une voix caverneuse, s’échappant de sa bouche :
« Des ossements, des vers, du limon, de l’humus… »
La reine fût intriguée de la caractéristique de cette dernière citrouille ; parmi les renaissances maléfiques auxquelles elle donnait lieu, tous devaient être doués du silence de la mort, comme l’étaient tous les vers de son corps.
« Toi à qui j’ai redonné la subsistance terrestre ! Tu n’es pas autorisé à briser le silence de ces lieux ! » Avec une habileté sans égale, elle faucha la flamme verdoyante de la bougie située près d’elle, la saisissant entre ses doigts, et l’enfonça dans la bouche de la citrouille. Celle-ci laissa échapper un nouveau râle languissant, tout en se mettant à chauffer. Un gaz brun commença à sortir de ses orifices… Mais la citrouille ne parvenait pas à pourrir, comme devait l’y entraîner la flamme. La reine arracha son bras de la bouche fumante, qui se referma, emprisonnant le feu aux reflets d’émeraude au cœur de la citrouille.
« Une malédiction singulière hante cette pumprulle… » commença-t-elle, en rallumant la bougie qu’elle avait éteinte en soufflant longuement dessus. « Les suppôts habitant la Terre des disparus devront expliquer ce maléfice qui ronge cette dernière pumprulle, cela ne m’étonnerait pas qu’un esprit anodin n’ait mis en œuvre un envoûtement par le biais d’un cercle de sacrifice ou des flux de damnés, en notre temps de Kashka. » Elle laissa passer un temps, le docile serviteur en profita pour acquiescer en silence. Elle poursuivît :
« Notre dernière offrande aura tout le mérite de convenir à cette pumprelle maudite. Soit, C’holedr-üm, mon choix est déterminé. »
Le serviteur obéît à sa maîtresse avec une respectueuse distinction, pour quitter les lieux la citrouille sous le bras :
« Voilà qui sera fait, reine Korlmineille. »

Une silhouette sombre se fondait dans la nuit, quand l’appel au sacrifice était lancé. Enveloppé dans une vieille robe ample et capuchonné, C’holedr-üm s’enfonçait dans les bois, sorti du royaume des Maléfices, pour honorer sa reine, une citrouille en lanterne à la main et le symbole du sacrifice dans l’autre. Il traversait les terres obscurcies par la nuit sans lune, où les échos lugubres clamaient en cœur la célébration des songes macabres, la nuit du vent noir.
La citrouille choisie par la déesse du Maléfice s’éveillait progressivement à la vie sous sa nouvelle forme, et manifestait les signes de son envoûtement étrange :
« La nuit est tombée, elle ne se dissipera pas… Kashka, oui, lui… je le sais maintenant… Toi, repose-moi, maintenant, rends-moi à la terre… »
C’holdr-üm n’avait que faire des paroles insignifiante de la citrouille, qu’il transportait jusqu’au cœur des bois, arrivé dans les Hautes-Plaines, angle de la Terre des disparus. Il dressa une lance de culte, et l’enfonça dessus, pour l’abandonner aux songes macabres qui tournoyaient et se cristallisaient en cette nuit noire.
Tandis que le serviteur retournait dans les bas-fonds aux côtés de la reine de Kashla, la citrouille destinée à l’enclenchement du sacrifice attendait, dans les mains glacées de l’ombre.

« Qui osera arracher cette pumprulle maudite ranimée de mes mains à son berceau sacrificiel me sera livré ; offrande à ma gloire, et à celle de Gaggelon’Kashka… » La reine prît entre ses doigts une minuscule lueur dansante, et s’occupa à la noyer dans la flamme verte de sa bougie mortuaire.

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