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 Fragments du rêve - Les songes macabres

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Aklatan
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MessageSujet: Fragments du rêve - Les songes macabres   Sam 31 Oct - 18:58

Une créature ailée et cornue était représentée au coeur du vitrail grisâtre. Derrière lui, un silhouette noire se laisser deviner, dominant l'arbre mort. Dominant le chemin désert. Dominant la colline. Et ce depuis la hauteur de son édifice de pierre. Tout était immobile. Au milieu d'un tonnerre déchaînée, qui déchirait le ciel, dont la noirceur transcendait la profondeur du gouffre le plus interminable.
Une silhouette hautaine, aux épaules massives enfermant un visage invisible. Elle se tenait là, le regard perdu à l'horizon infernal qui se dressait au loin : un désert de failles et d'épines monstrueuses. Il observait au travers du mur opposant les deux mondes. Seul dans son monde, il voyait s'approcher l'autre... encore seul, dans le sien.
Quelqu'un marchait le long du chemin de la colline. Il parvînt à son sommet. Sa main poussant le portail de bois grincant terminait son voyage.
La silhouette l'observa pénétrer dans le château, immobile.
Il s'enfonça dans les escaliers de la tour; il gravît les marches... nouvelle passe sans issue dont l'entrée s'éloignait de la sortie, fort éloignée du visiteur.
Tout demeurait immobile, nul trouble, nul battement. Ce monde d'intérieur ne scillait pas. Il écoutait en silence.
La silhouette regardait par le vitrail, perdant son regard à l'horizon. Dans ce monde lointain et désert, les hurlements et les fracas de la foudre semblaient livrer bataille. Là-bas, au loin; très loin de ce monde là, ici aucun murmure, aucun tremblement. Au sein de ces murs, tout était latent.
La porte s'ouvrît. L'autre entra, lui restait immobile. Aucun n'était plus seul à présent, mais chacun observait deux mondes opposés. Lui, l'horizon ténébreux de l'extérieur, au loin ; l'autre la silhouette noire de l'intérieur, au loin... au seuil lointain du vitrail à l'extrémité de la salle immense.
Le visiteur n'attendait plus que deux mondes se fassent face. Mais chacun restait immobile. Il fût pris d'un frisson. Le monde intérieur s'était en ce moment mis à trembler lui aussi. Il ne pouvait observer ce qui lui arrivait, mais son corps commençaient à se raidir d'effroi. Son teint devint livide, chaque extrémité de son corps frémît, son regard, lui, n'observait plus que toute l'ampleur de l'angoisse. Il articula quelques susurrements indistincts, luttant contre peur montante qui resserait une étreinte insupportable sur son être tout entier. Ses mots devînrent des cris, sa paralysie lui permît à peine de faire un pas de recul, face à au sentiment de terreur qui avançait vers lui, tandis que son regard ne pouvait se détacher de la silhouette noire qui lui tournait le dos là-bas, sans le moindre mouvement. Ses hurlements émîrent de nouvelles vibrations torrentielles à l'intérieur de l'antre, et il semblait que sa raison voulait se dérober à sa conscience, rien que pour fuir la torture mentale qui s'exercait toujours plus fortement sur lui. L'être déchaîné ne pouvait plus se contenir dans sa seule contenance, sa seule présence, sa seule existence. Il s'écroula subitement, avant de rendre au silence sa place de gardien de ce monde. Un gardien de fixité, dont le seul trouble le changeait en une étincelle.
La silhouette noire n'avait pas bougé. Elle ne bougeait pas. Après un long moment, elle se retourna, puis fît quelques pas, jusqu'à un pupitre où reposait un grimoire. Elle referma l'ouvrage.

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Aklatan
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MessageSujet: Re: Fragments du rêve - Les songes macabres   Ven 29 Oct - 19:51

Il n’y avait rien, seulement un grand champ, il était partout. A perte de vue, il n’y avait que cela, et partout il y avait des pumprunes. Encore et encore, encore des pumprunes, en bas, sous la lune.
Une lune tranchante, une courbe lame, un sourire livide, loin au dans le ciel, qui contemplait ce champ infini de pumprunes grouillantes, ventrues et épaisses.
Puis il arriva, dans ses lambeaux sombres, mouvant sous le vent, nuisance de nuit ! Caché sous ses parures diablesques, comme mille mains crochues tâtant son squelette désarticulé, il traversait avec une fougue grotesque ce champ pustuleux, enraciné paresseusement dans sa tourbe poisseuse, aux relents de cadavre.

Pendue au mât macabre, une lune enchâssée dans son tronc gondolé, jaillit sa faux funeste de son leste manteau, et tournoyant sur lui-même comme au cœur d’une danse impie, sa fulgurance fulminante faucha tout autour, et le tour de sa foudroyante foucade emporta autant de pumprunes que purent en porter son berceau fatal.
Racines échevelées, triturées et arrachées ; comme des dormeurs extirpés de leurs tombes, les légumes rebondirent mollement sur la terre pourrie, et étirèrent un sourire aussi large et lumineux que la lune elle-même. Les voilà libérées, car vint l’heure du réveil !
Sautillant d’une joie pernicieuse, sur leurs corps obscènes, lourds et tout bosselés, leurs malins yeux malingres brillèrent de lumières qui chevauchent des nuées et des monts de ténèbres… L’une dévora l’autre ! Se jetant sur sa conjointe, elle ouvrit grand sa gueule suintante, et l’engloutit aussitôt, la faisant gonfler, pour en avaler d’autres.
Vint encore une pumprune, pas plus large que la première, pour grandir la caverne de ses crocs, plus encore même que sa propre grosseur, et faire rouler la dévoreuse dans son propre gosier, où elle ne disparut que pour accroître l’autre plus encore qu’elle-même !
Elles s’entre-dévoraient, s’attrapant, se gobant, chacune fondant sur l’autre pour ingurgiter la plus grosse d’entre elles, faisant croître une pumprune plus monstrueuse qu’immense, qui arpentait le champ, se repaissant des flots de bulbes d’un rouge grisâtre à l’ombre de lune de ce désert de cauchemar.

Elle enfournait si bien, dans un profond râle rauque, un écho sale et glauque, que roulant, bondissant, piétinant, écrasant, elle ouvrit davantage sa gueule infâme et noire et sa gorge sans fond, et mangea les chemins, elle avala les tours, engloutit les maisons !

Il n’y avait rien ! Seulement des bourgs cloîtrés, livrés aux ténèbres, entre des collines muettes !
Alors qu’elle grossissait, puisqu’elle était géante, elle roula bien encore, pour hacher la campagne, et manger les collines ; elle croqua la montagne !

Tant elle était énorme, un titan cauchemardesque, immonde maléfice incarné de chair bouffie, elle perça le voile de nuit, jusque ses hautes voûtes, dans les sphères glaciales de branches pâles en flammes, elle bondit hors de terre, et ouvrit son gouffre sans fond au milieu du ciel noir, et elle mangea la lune !

Tout en bas, dans les champs infinis de pumprunes putrides, delà bourgs dévastés, des chemins effacés et des terres fendues, au sommet des collines, la dernière d’entre elles, il rit, il rit bien fort, gorge décharnée déployée vers les ténèbres du ciel, il rit et danse encore, il danse dans la nuit noire !

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MessageSujet: Re: Fragments du rêve - Les songes macabres   Dim 31 Oct - 11:55

Pour Tarlun

C’était toujours en m’aventurant dans les chemins de pénombre que j’en apercevais. Il y avait des terriers, où il semblait qu’un arbre avait été déraciné il y a bien longtemps pour ouvrir une gorge muette, s’il n’y avait ces filets livides, qui s’empêtraient jusqu’à la moindre poussière là où ils pouvaient mordre. Il y avait des trous labourés de l’intérieur, drapés de ces pièges invisibles, parfois si petits qu’un pied pouvait aisément les boucher, les écraser, les effacer de leur recoins de racines sèches ou de feuilles mortes. Parfois si immenses qu’approcher de tel gouffres suscitaient des cauchemars émergeant de l’ombre, je tournais les talons et m’évadais pour remonter…
Ces traces immobiles, mais à l’affût, signes d’une présence absente, qui feintaient le sommeil ; tanières putrides dans la terre, ces restes de proies démantelées qui furent secrètement traînées jusque dans ces gueules sans fond, me mettaient mal à l’aise… Et je détestais les approcher. Car peut-être une toile se tissait-elle dans mon dos à mon intention, rien qu’en faisant un pas de trop entre leurs arbres… Et je les entendais, au loin, dans les recoins clos que l’ombre cachait, elles se parlaient.

Mais demeuraient-elles près de moi ? J’entendais encore ces sons susurrés si bas, en échos des fonds obscurs jusque dans ma conscience, car cela parlait. Comme des rythmes irréguliers, qui se mâchaient entre eux en des sifflements discordants : ils grésillaient et frétillaient en succions sourdes jusques à moi… Et ils grandissaient ! Je m’en éloignais, remontais, m’envolais, et je fermais les yeux. Et les sons ne cessaient. C’étaient des paroles étouffées qui gagnaient en vigueur en sifflements essoufflés, se suivant sans ciller, des frottements infâmes dont les mots semblaient s’engluer dans une mélasse de claquements informes… Je les entendais encore. Ils résonnaient en moi ; et de plus en plus, je les voyais ; des pattes farouches et filées qui allongeaient leur longueur courbe et étaler leur masse en avançant, avançant, avançant lentement dans une grâce répugnante. Elles s’arrêtaient, et l’ombre remuait de leurs mouvements frénétiques où les aiguilles se chevauchaient comme pour racler la terre de leurs corps à la recherche de leur propre flétrissure, et elles traînaient des fils énormes pour convertir l’ombre dangereuse…
Et entre ces paroles sourdes qu’elles articulaient grossièrement, comme un murmure gras qui engendrait le frisson, je les comprenais… Et dans ces paroles indicibles… Ces mots étranges qui crépitaient en me parlant… Ces sons ne signifiaient rien.
Et ils restaient là, à parler en moi, j’avalais leurs mots immondes depuis le lointain, ces égarements caquetant crasseux et âcres dans mon être, plus écarté que je le pouvais de de ces ténébreux endroits, poisseux comme le cauchemar qui suinterait sur mes pensées pour me dévorer par moi-même…

Et dans ces arbres, la folie lui vint, le mal l’avait pris et le rongeait, il sentait le tranchant des mandibules à l’intérieur… Alors il vola : se jeta et plongea, pour trouver ses propres ténèbres, et sa chute l’élèverait plus loin encore que ces affreux langages crépitant en lui. Sentant l’abysse se rapprocher sous lui…
Et c’est dans une toile qu’il atterrit.

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