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 Fragments du rêve 1 - Etres perdus

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Aklatan
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MessageSujet: Fragments du rêve 1 - Etres perdus   Ven 4 Sep - 19:41

Au sein de la noble famille, la toute jeune mère déposa son enfant dans le cocon douillet de son berceau. Le jeune garçon avait un nom : il s'appelait Ab. Car c'étaient les deux premières lettres de l'alphabet ; et qu'il convenait d'assembler une voyelle et une consonne pour nommer l'enfant. Il fût laissé au repos au fond de sa chambre, où les bougies fûrent éteintes dans un souffle silencieux. Cette chambre était tapissée d'un jaune âcre. Elle abritait le berceau où le bébé dormait. C'était tout.
Ab pleurait aussi souvent qu'il dormait, et inversement ; il pleurait de trop dormir et dormait de trop pleurer, puis s'habituait à commencer à vivre en rythmant son début d'existence de ses seules ressources. Observer, se nourrir, dormir. Et pourquoi pas pleurer de nouveau.
Il n'avait pas mis longtemps à quitter le berceau du fond de la chambre. Lorsqu'il grandit un peu, il s'aventura dans le reste de la maison, et approchait de lui-même son père, sa mère, et l'habitation dont il longeait les murs sans cesse. Des murs tapissés d'un jaune âcre. C'était tout.
Au final, qu'y avait-il ? Rien. Des murs. Une tapisserie jaune âcre. Ab ne faisait rien, sa mère non plus, tout comme son père, si ce n'était s'asseoir dans un fauteuil. Un fauteuil tapissé de jaune âcre aussi. Mais c'était tout. Il n'y avait rien d'autre.
Mais comme Ab ne faisait rien du tout et n'avait jamais rien fait - si ce n'était qu' observer son entourage - il ignorait qu'il ne faisait rien. Faire quelque chose ne signifiait rien. Ses parents non plus : ils apparaissaient et disparaissait... pour revenir et ne rien faire. Ils partaient et revenaient, comme la faim et le sommeil, rassasiée régulièrement, avant de retourner ne rien faire.
Un jour Ab atteignît presque la taille de son père. Il ne pouvait toujours qu'observer, observer son père qui disparaissait, sa mère qui reparaissait, puis qui repartait... et l'unique décoration jaune âcre qui agrémentait l'habitat. Mais c'était tout. Et Ab observait toujours. Et à ce moment là, l'observation se dédoubla pour ne plus se trouver seule complice de l'arrivée d'une interrogation, qu'il formula à son père. Il l'écouta, assis dans son fauteuil, car il ne faisait rien :
"Qu'est-ce qu'on va faire ici ?"
Son père laissa passer un temps avant de répondre. Pendant cet instant, il ne fît rien. Comme d'habitude.
"Mais rien, Ab. Tu es né ici, c'est tout."
Ab ne répondît rien. Si bien qu'il ne fît plus rien. Il continua à ne rien faire, seul avec deux individus, ses parents, dans un habitat vide et silencieux. Décoré d'une tapisserie jaune âcre.
Un autre jour il observa encore, puis ses pensées se multiplièrent à nouveau, pour rejoindre celles qu'il avait libéré auparavant ; ce début de réflexion le poussa à demander encore une fois. Son père était encore l'unique présence du lieu :
"Père, qu'est-ce qu'on va faire après être né ici ?" Son père répondît, de la même façon, en le dévisageant de la même façon que si il scrutait de nouveau la tapisserie et son jaune âcre :
"Mais rien, Ab. Tu es né ici, c'est tout.
- Et après n'avoir rien fait, on ne fait rien ?" Son père leva son bras vers le mur, qu'il caressa sans transmettre la moindre pensée, pour continuer :
"Mais rien, Ab. Tu es né ici. Et tes enfants naîtront ici. Et ils ne feront rien. Et c'est tout." Il alla s'asseoir dans son fauteuil. Il se mit à observer la tapisserie jaune âcre.
Ab observait. Et ne faisait rien. Peut-être un jour aussi un enfant serait recueilli dans le berceau au fond de la chambre nue, et à la tâpisserie jaune âcre. La même tâpisserie que dans le reste de l'habitat, où il n'y avait rien. Une tpâpisserie jaune âcre. C'était tout. Ab ne faisait rien, et ne ferait rien.

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Dernière édition par Aklatan le Mer 21 Oct - 15:50, édité 3 fois
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Aklatan
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MessageSujet: Re: Fragments du rêve 1 - Etres perdus   Ven 4 Sep - 20:33

Au pays ensoleillé des rivages luisants, où la plage ne se ternit jamais, la communauté villageoise dansait et chantait en animant une grande fête, comme tous les soirs. Les rayons du soleil faisaient étinceler les remous de l'océan au loin, et ce jusqu'à la baie où la rivière tranquille rafraîchissait l'air d'une nuit joyeuse.
Le feu flamboyait, torche nocturne chatoyante, les fruits coloraient les tables servants quelques mets parfumés, et le rythme des percussions , des cliquettements des applaudissements et des cris de tout le monde embrasait le coeur de chacun. C'était le village de la rivière. Chaque nuit se terminait dans les dernières notes de musiques accompagnés de danseurs jubilant encore de l'ambiance conviviale et confortable qui embaumait ces soirées magiques.
Parmi les musiciens, passionnés du moindre bruissement harmonieux, savoureux des quelques notes qui appellent à la couleur du matin, ou tendres des objets dont le seul toucher peut transmettre la musique au plus profond de leurs veines ; Gourouça vivait en communion avec ceux qu'il aimait et son habitat naturel prospère et fécond. La musique l'exhaltait; c'était cette voix changeante et spirituelle qui touche du doigt le coeur des créatures, dont celles-ci prenaient la main poour la suivre au gré de leurs émotions. Jouer traversait son être et séduisait celui des autres, il en était ainsi tout au long de sa vie, lors des fêtes, lorsqu'il méditait au bord de l'eau, ou bien lorsqu'il écoutait les autres. L'harmonie de son âme était totale, c'était une corde svelte et ferme dont dont il n'avait pas conscience, mais qui se tenait parfaitement droite et tendue jour après jour, qui mettait son corps et son esprit en paix.

Un nouveau soir de fête, Gourouça se joignait aux musiciens pour régaler les danseurs et tous les invités de mélodies puissantes et virevoltantes, ainsi tous se laissaient guider par ce vent de poésie, qui se glissait au creux de l'oreille pour en réveiller le corps entier, et aviver les sens.
Lorsque tout le monde fût rassasié de festoyer, Gourouça alla trouver un peu de repos sur le bord de la rivière, juste en face du village. Dans l'eau, un poisson brillait d'éclats argentés, saluant l'arrivée de la lune au visage rayonnant. L'animal semblait lui indiquer de le suivre. Gourouça amusé et curieux monta dans un kayac et s'aventura sur la voie ouverte par son compagnon qui bondissait à la surface avec gaieté. Un long moment sembla s'écouler pour Gourouça, qui en venait à se demander où il finirait par accoster ; le poisson ne remonta plus à la surface, il avait disparu. Lorsque Gourouça remarqua que la rivière s'élargissait, jusqu'à s'étendre à l'infini autour de lui, il craignît de s'égarer vers la mer. Il chercha à faire demi-tour en vain, il se sentait glisser vers l'infini des eaux silencieuses.
L'aurore arriva, et Gourouça était seul. Il ne voyait plus la terre. Voguer sur ses eaux aussi calme que les sillons de l'azur le faisaient fondre au creux d'une méditations tranquille. Il ignorait toujours pourquoi ilm était arrivé ici, mais il chercha à avancer néanmoins ; il réussit à regagner la terre.
Quelque terre que ce fût, il mit pied au sol, et contempla les plaines. Planes, pures, parcourues d'une brise rafraîchissante : il avait rejoint le coeur du silence, le creux de l'air sifflant entre terre et mer, le plan de l'horizon.
Gourouça ne se demandait pas encore comment rentrer chez lui, sans doute le pouvait-il, mais à cet instant il préférait goûter au calme d'un voyage mystérieux mais ô combien apaisant.
Alors il admira l'onde tranquille qui luisait jusqu'à la brume du loitain, il inspira l'air revigorant qui caressait les étendues immenses dont ils ne pouvait percer les limites... il savourait le silence de la solitude. Il buvait l'eau et mangeait quelques plantes, et profitait d'une vision merveilleuses, qui l'envoyait au creux de limbes d'un îlot paisible dont il tirait toute la force spirituelle.
Vînt un jour où la musique lui manqua. Son corps ressentait le besoin de stimulation harmonieuse, dans ses entrailles, une mélodie, dans ses veines aux calmes pulsations, un battement bouillonnant, et dans son coeur...
Là sur l'herbe, près du rivage, une jolie fleur bleue vînt le visiter pour séduire sa vision. Il passa quelques temps à la contempler, la caresser, songer à la poésie en l'observant, et en la respirant. Mais la musique ne revenait toujours pas. Gourouça ne revenait toujours pas, et il était seul. Et ne pouvait repartir. Plus aucune rivière en vue, plus de plage. Seulement un lac infini, miroir de terres sans fin, entre lesquel il siégeait.
La fleur vînt à se fâner. Gourouça laissa quelques larmes vider le chagrin de son âme. Les tendres pétales tombèrent, et la belle fleur mourût.

Gourouça ne rît plus jamais.

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Dernière édition par Aklatan le Sam 5 Sep - 13:23, édité 1 fois
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Aklatan
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MessageSujet: Re: Fragments du rêve 1 - Etres perdus   Ven 4 Sep - 20:34

Nous ne sommes rien. Seulement des créatures qui apprennent à vivre.

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MessageSujet: Re: Fragments du rêve 1 - Etres perdus   Sam 5 Sep - 11:26

J'aime beaucoup le premier texte. Smile
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